caca pipi talisme

article publié le 15 mai sur le monde libertaire version web

On parlera du scandale des poulets en batterie une autre fois…

Les Etasuniens, globalement, adorent les poulets au point que leur consommation a augmenté de 30% en une vingtaine d’années.
Les Etasuniens, globalement, se foutent de la malbouffe au point que cette augmentation a favorisé le développement de monstrueux élevages accompagnés de monstrueuses usines de transformation des volailles.
Les Etasuniens, globalement, veulent produire leurs « nuggets » et autres « chicken’s wings » à moindre coût au point qu’aux batteries de poulets succèdent des batteries d’ouvrières et d’ouvriers…

250 000 travailleuses et travailleurs tentent de vivre de la volaille. Une grande majorité de gens « de couleurs », d’immigrant.e.s ou de réfugié.e.s… beaucoup d’entre eux en provenance de pays tels que la Birmanie, le Soudan ou la Somalie, employés par le biais de programmes de réinstallation aux États-Unis. Nombre d’entre eux, sans papiers, ne doivent leur pseudo tranquillité qu’à leur silence. Précarité nécessaire à une « nécessaire » exploitation patronale. Sinon comment vendre ce genre de barbaque au prix le plus bas tout en s’assurant de confortables marges de bénéfices ? L’art d’engraisser des actionnaires en engraissant des volatiles.
Les quatre géants industriels de volaille – Tyson Foods, Perdue Farms, Sanderson Farms et Pilgrim’s Pride ont bien compris que l’optimisation des rendements passait par une surexploitation de leurs troupes…

capitalisme-esclavagismeRevenons à ces esclaves des temps modernes.

Pour un salaire dérisoire d’une dizaine de dollars de l’heure, les robots humains sont mentalement enchaînés à leur poste de travail qui n’a rien à envier aux batteries réservées aux volailles…
« Je témoigne des dangers. Les travailleurs de la volaille se tiennent au coude à coude sur les deux côtés de bandes transporteuses longues, la plupart avec des ciseaux ou des couteaux, dans le froid, l’humidité, le bruit, accomplissant les mêmes mouvements énergiques des milliers et des milliers de fois par jour, afin de plumer, découper, désosser et d’emballer les poulets. L’usine typique traite 180.000 oiseaux par jour. Chaque travailleur traite en moyenne 40 oiseaux par minute. » Témoigne une ancienne fonctionnaire de l’OSHA (Occupational Safety and Health Administration, l’équivalent de la Médecine du Travail aux USA).

Il faut juste savoir que pour une « violation grave » des normes de sécurité, c’est-à-dire pour un risque de blessure grave ou mortel constaté, l’employeur encourait une amende moyenne de 1,972 dollar en 2014… Même pas peur !…

Les robots humains sont donc à leur « poste de combat » de longues journées qui n’en finissent pas. Chacun.e avec son geste à accomplir, impossible de s’absenter sinon le serpent de dominos s’effondre…
Une trentaine de minutes de pause par jour, pas plus… Et puis cette chaîne qu’il ne faut pas abandonner pour aller aux toilettes. Éviter de boire. Pour avoir le privilège de pouvoir s’absenter, il faut commencer par trouver un robot disponible pour remplacer sur la ligne jusqu’au retour. Trouver un remplaçant peut prendre jusqu’à une heure. Parfois le remplacement n’arrive jamais. Miction impossible.
Si le remplaçant est trouvé alors la pause WC est limitée à 7 voire 5 minutes suivant les usines. Ensuite, il faut foncer, se déshabiller en courant vers les chiottes – tant pis pour sa dignité – nécessaire pour respecter le temps imparti, et foncer sur des sols d’usines tartinés de graisse, de sang, d’eau et d’autres liquides… Gare aux chutes !…
Pour éviter de se ridiculiser devant les collègues, pour ne pas courir le risque d’uriner ou de déféquer sur le sol, de plus en plus d’ouvriers et d’ouvrières en viennent à porter des couches…

Où sont les syndicats ? Où est la solidarité pour ces esclaves recruté.e.s parmi les «populations marginalisées et vulnérables» ? Où est l’étincelle qui brillera dans leurs yeux ? Il y a déjà les plumes, manque plus que le goudron pour leurs exploiteurs.

Et nous, de notre côté de l’Atlantique ? Allons-nous attendre la mise en place de TAFTA (ou TTIP, c’est la même arnaque) qui va libérer les échanges marchands entre l’Union Européenne et l’Amérique du Nord ?
Ce n’est pas la première fois que l’Europe traite avec les Amériques…
Des pauvres bougres qui viennent du Sud pour produire aux USA, des marchandises qui traversent l’Atlantique, des Européens qui souhaitent s’en mettre plein les poches en traitant avec des exploiteurs de pauvres bougres traités quasiment comme des esclaves… ça rappellerait presque le commerce triangulaire…

Les négociations vont bon train, la Commission Européenne souhaitant voir aboutir la négociation avec l’équipe à Obama. Yes, they can
Pour être compétitif, on prépare le terrain en suggérant au gouvernement français de rester ferme sur la Loi Travail.

Mais reste la rue, la colère, la révolte…

Alors, on fait quoi avec tous ces poulets ?

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