« Vote, c’est encore pour ton bien » 07/12/2015

Texte déjà paru mais encore et malheureusement toujours d’actualité.

Durant son enfance, Monsieur ou Madame Lambda devait subir les diktats alimentaires de l’autorité parentale. Monsieur ou Madame Lambda détestait les épinards. En 1870, tandis que l’armée prussienne taillait des croupières à l’armée française du côté de Sedan, un biochimiste allemand – Emil von Wolf – s’était planté en évaluant la quantité de fer contenu dans ces légumes de malheur. Résultat, Monsieur ou Madame Lambda devait ingurgiter une assiettée de bouse verdâtre tous les dimanches sous peine de filer dans sa chambre les fesses en feu. Le pouvoir parental était redoutable… Capable de faire avaler n’importe quoi. « C’est pour ton bien ! »

Monsieur ou Madame Lambda a grandi. Maintenant, Monsieur ou Madame Lambda peut choisir d’avaler ou non tel ou tel aliment. Fini le pouvoir parental. Mais la nature a horreur du vide… Le Pouvoir majuscule prend le relais. Gare à l’immangeable…
Enfant, Monsieur ou Madame Lambda avait droit au sempiternel : « Mange, y a des enfants qui meurent de faim et qui voudraient bien avoir tes épinards.»
Maintenant le Pouvoir majuscule et démocratique change de rengaine : « Vote, y a des gens dans le monde qui voudraient bien pouvoir voter. » Et Monsieur ou Madame Lambda se sent piéger. Parce que le Pouvoir majuscule, bien relayé par les médias, joue parfaitement son rôle de faux-cul culpabilisateur.
Pour continuer leur grand guignol électoral, tous les prétendants ont besoin de chair fraiche de citoyen. Avant 1789, le Pouvoir majuscule et royal s’appuyait sur un coup de goupillon papal pour faire croire au soutien du triangle avec un œil dedans. L’élu de Dieu pouvait alors imposer les épinards à tous ses Monsieur Lambda et Madame Lambda de sujets.
Depuis la révolution bourgeoise, le Pouvoir majuscule et républicain nous fait le coup de sa légitimité issue de la volonté populaire… Dommage pour lui, la volonté populaire boude de plus en plus les bureaux de vote et leur ménagerie de candidats sans attrait. L’abstention inquiète…
Et on arrive à un vieux réflexe d’élu mature au-dessus d’un peuple juvénile : « Les citoyens ne savent pas que les élections sont bonnes pour eux alors on va leur mettre le nez dans leur assiette électorale et ils ont intérêt de finir… »
Sans savoir qu’un pseudo politologue – Mimile von Vote – s’était planté en évaluant la quantité de démocratie contenu dans ces élections de malheur…
François de Rugy, élu couleur épinard – entendez par là « coprésident du groupe écologiste à l’Assemblée nationale » (1) – prépare une proposition de loi qui sanctionnerait d’une amende de 35 euros toute personne tentée par l’abstention… Monsieur ou Madame Lambda se rappelle alors la fessée des jours d’épinards.
Article 21 de la Déclaration universelle des droits de l’homme :
1/Toute personne a le droit de prendre part à la direction des affaires publiques de son pays, soit directement, soit par l’intermédiaire de représentants librement choisis.
François de Rugy a été élu en 2007 avec 52,03 % des suffrages exprimés… De quoi frimer… Mais avec seulement 31, 58 % des propriétaires d’une carte d’électeur… ça perd un peu de sa superbe… Et comme il est impossible de comptabiliser les personnes qui ont librement fait le choix de ne pas s’affubler du petit bout de carton où il est inscrit : « Voter est un droit, c’est aussi un devoir civique »…
Alors « Ta gueule, François ! Toute personne a le droit, est libre de voter. Et toi, tu voudrais transformer une liberté en contrainte… »
« Oui mais ils y en a qui se sont battus et qui sont morts pour que tu puisses voter ! »
Combien de fois, nous l’a-t-on réchauffé cet argument ?…
« Pour que je puisse, pas pour que j’y sois obligé… »
Remplacez le libre-exercice par l’obligation et vous obtenez un procédé tyrannique digne du Pouvoir majuscule et démocratique.

Allez, amusons-nous un peu :
Imaginons que ce ne soit pas le vote qui soit rendu obligatoire mais le déplacement au bureau de vote. L’abstention en prendrait certainement une grande claque mais… Imaginons que l’abstention soit alors prise en compte pour le calcul des résultats. Que l’on ne compte plus par rapport aux suffrages exprimés mais par rapport aux inscrits… Possible alors de voir le véritable taux d’adhésion à tel ou tel programme. Possible alors de pouvoir suivre mathématiquement l’évolution d’une élection à l’autre.

« Ne pas voter pour PiSsevinaigre, c’est dérouler le tapis rouge à SiegHeil ! »
Vous vous rappelez 2002, tous ces appels à voter le louche pour faire barrage au borgne ? Un peu comme de demander à un végétarien de choisir la tête de veau pour éviter que l’andouillette ne soit au menu.
Et la tête de veau droit dans ses bottes qui disait finalement avoir été élue avec un score de 82,21 %.
Entre les deux tours, tous les bons et vrais citoyens avaient fait la chasse aux abstentionnistes inconscients. Résultat, à l’abstention record (28,4 %) du premier tour succéda une abstention limitée (20,3 %).

Les Monsieur Lambda et Madame Lambda, appelés à voter pour quelqu’un sensé les représenter, votent généralement par défaut.
Pour preuve l’évolution de l’abstention entre les deux tours de présidentielles : Mis à part en 1969 où l’abstention est passée de 22,4 % à 31,1 %, toutes les élections suivantes ont un taux d’abstention inférieur au deuxième tour alors que le choix offert aux électeurs est réduit à peau de chagrin. Tous les Monsieur Lambda et Madame Lambda avaient plus de possibilité de trouver Leur candidat au premier tour et pourtant ils ont plus traîné les pieds pour aller glisser le bout de papier dans la tirelire avant d’aller plus volontiers voter par défaut au deuxième tour. Étonnant, non.

Allez, amusons-nous un peu :
Imaginons qu’au simple choix de voter « pour » quelqu’un même par défaut soit ajouter la possibilité de voter « contre » quelqu’un. Un vote négatif… Dépouillement : Monsieur Superdupont tant de voix pour, tant de voix contre… Et alors ?

Du goudron et des plumes !

nos-reves

 

« […] Prince et consorts du Parlement
Nul ne sait ce qui s ‘y gamberge :
L’édile qui nous parle ment
Ma carte d’électeur est vierge. »
               Maurice Laisant

(1) Depuis la parution de ce papier, y a eu du changement : François de Rugy a quitté le 27 août dernier Europe Écologie Les Verts trop à gauche pour lui. Il a  a été remplacé à la coprésidence du groupe écologiste à l’Assemblée nationale par Cécile Duflot le 13 octobre