Quand les pensées deviennent nauséabondes (20 avril)

Samedi matin, marché des Vans dans le sud de l’Ardèche. Distribution de tracts contre TAFTA (« TransAtlantic Free Trade Area » : traité de libre-échange nord-atlantique soit l’OTAN version guerre économique). Tafta n’étant pas le seul traité international de libre-échange, ce tractage s’inscrit dans la journée mondiale de mobilisation. Juste à côté l’Huma se vend à la criée. Un peu plus loin, on hésite entre le fromage de chèvre sec ou crémeux.
racisme_ordinaireUn peu à l’écart, à la terrasse d’un bar, des gens du coin, commentent la scène :
« C’est pas le gaz de schiste aujourd’hui…
– Non, regarde, c’est contre TAFTA.
– Taffetas, c’est bien un tissu arabe ?
– Ouais, un tissu hallal…
– C’est pas le Taffetas qu’il faut interdire, c’est tous les gus qui sont dedans… »
Discussion véridique au poil de mot près… Les « braves gens » en question, il y a quelques années, achetaient Ras l’front, me prenaient parfois le Monde Libertaire… Comment ont-ils pu glisser sur la pente savonneuse du racisme ordinaire ? Congélation des neurones ? Médias ? Perte des repères ? Dédiabolisation de la Marine Nationale ?
CÉSAR : C’est une phrase en l’air! Je n’ai jamais eu l’idée d’insulter la marine française. Au contraire, je l’admire, je l’aime…
ESCARTEFIGUE (sur la porte, avec une grande noblesse) : II se peut que tu aimes la marine française, mais la marine française te dit m…

J’étais à la même terrasse qu’eux. Petite pause. Je me suis levé, suis passé à côté de leur table…
« Salut, tu bois un coup ? » Et oui, je les connaissais un peu… « Pas aimé ce que vous avez dit. La Marine vous tend les bras, on dirait… »
Et j’ai repensé à ces tristes individus passés du MRAP ( Collard), du NPA (Aurélien Legrand), de la CGT (Fabien Engelmann) au rassemblement nauséabond.
Et j’ai repensé à un texte d’un copain parisien que je venais de lire dans le Monde Libertaire (n°1772 du 16 au 22 avril)

Quand un « syndicat » FO relaie les discours du FN
C’est avec stupéfaction que nous avons appris que le syndicat FO des chauffeurs de bus de Montpellier s’est plaint d’une odeur « insoutenable » sur la ligne 9, qu’il explique par la prise en charge de familles Roms. Selon ces salariés, il s’agirait d’un « problème sanitaire », qu’il faudrait endiguer en créant une navette « spécialement pour eux ». apartheid busCertains chauffeurs refusent même de toucher les pièces que ces familles leur tendent pour régler leur titre de transports (de peur qu’elles ne transmettent la peste véhiculée par les gens du voyage ?).
Comme nous le faisions remarquer dans un précédent article paru dans nos colonnes, les thèmes privilégiés par le parti fasciste, le FN, commencent à pénétrer dangereusement les consciences, et même les consciences syndicales… Pour rappel, durant la campagne pour les départementales, Serge Laroze définissait ainsi les Roms : « Individu qui fait fortune dans le rempaillage des chaises et les commerces du cuivre. » Ce Rom qui roule en Mercedès (comme les dealers de banlieue), enrichis par leurs vols ! Le vieux fantasme du voleur de poule, d’ailleurs encore bien enraciné dans nos belles campagnes françaises… Quand on pense que la majorité des Roms sédentaires en France survivent dans des bidonvilles et des squats de fortune, il y a de quoi se faire vraiment du souci.
Cette proposition ne peut que nous faire penser aux premiers Roms raflés en France en novembre 1941 par la police française, sous les ordres des préfets appliquant la théorie nazie de la race pure. De novembre 1941 au 16 janvier 1945, la France fit du site de Montreuil-Bellay (Maine-et-Loire) un camp pour « individus sans domicile fixe, nomades et forains, ayant le type romani ». Ils étaient Gitans, Roms et Tziganes. Les derniers Roms qui ne furent pas dirigés vers les camps de la mort (on n’a jamais su combien y ont péri, puisque, pour les nazis, les Roms n’étaient pas considérés comme des êtres humains, et donc pas comptabilisés !), quittent en janvier 1945 le camp de Montreuil-Bellay pour le camp de Jargeau d’où ils ne furent libérés qu’en mars 1946. Des clochards de Nantes y ont également été internés en 1942. 3 000 personnes passèrent par ce camp, qui compta jusqu’à 1 096 internés en août 1942. Le 16 janvier 1945, les derniers nomades furent transférés vers le camp des Alliés à Angoulême. Se débarrasser des Roms et des clochards, le programme fasciste du FN est donc bien en marche, et ici relayé par ces quelques syndicalistes FO ! Ne devraient donc par tarder à suivre des propositions pour se débarrasser des Juifs, des LGBT et de toute la gamme de l’humanité qui ne rentre pas dans les cases de la définition aryenne. C’est cette odeur de réchauffé-là qui nous est, à nous, insoutenable !
Texte de Patrick Schindler

Biscotte