Pour nous terroriser, le pouvoir nous assassine. (29 octobre 2014)

Sécurité-liberté

« […] C’est bien la plus belle / oui mais c’est aussi la plus frêle / il faut bien la protéger / la liberté / on se bat pour elle / oui mais si on meurt pour elle / et bien c’est qu’on s’est trompé / de liberté. […] »
Ces quelques paroles, je les ai entendues chantées presque improvisées par Évariste (1) un soir de début août 1977. Quelques jours plus tôt, manifestation contre Super-Phénix, Vital Michalon mourait tué par une grenade offensive d’un gendarme mobile…
Ces paroles, l’envie de vomir, de hurler sont là dans ma tête depuis quelques jours. Un jeune de 21 ans est mort tué par l’explosion d’une grenade lancée par un gendarme mobile.

Rémi Fraisse assassiné par le Pouvoir.

Rémi Fraisse assassiné par le Pouvoir.

Un projet de merde de barrage de merde pour quelques exploitations de merde soutenu par des politicards de merde. Un pouvoir de merde qui envoie ses troupes de merde pour une répression démesurée de merde. Un jeune de 21 ans est mort tué par l’explosion d’une grenade lancée par un gendarme mobile.
En face, des humains qui sont là pour défendre ce coin de terres humides contre la voracité des faucheurs d’espoir. Hétéroclite le rassemblement, c’est sûr. Certains ont fait le choix d’une occupation non-violente. D’autres ont fait le choix de répondre à la violence du pouvoir et aux provocations incessantes. Un jeune de 21 ans est mort tué par l’explosion d’une grenade lancée par un gendarme mobile.
J’essaie de me mettre dans la tronche du gars qui a lancé cette grenade de merde. C’était quoi, la trouille ? La haine ? L’obéissance bestiale ? J’essaie de me mettre dans sa tronche mais je n’y arrive pas.
Je n’essaie pas de me mettre dans la tronche de celui qui a envoyé ces troupes de merde sur un terrain où ils n’avaient rien d’autre à protéger qu’eux-mêmes. Je n’essaie pas de me mettre dans la tronche de ce pantin du pouvoir. Il est sûrement droit dans ses bottes. Il est pour l’ordre, pour l’ordre qu’on lui donne, pour l’ordre que lui donne. Un jeune de 21 ans est mort tué par l’explosion d’une grenade lancée par un gendarme mobile.
J’essaie de me mettre dans la tronche du gars qui a fabriqué cette grenade. Ouvrier anonyme qui fabrique anonymement des grenades anonymes. Besoin de bosser ? Sûrement. Parce que tant qu’il faudra «gagner sa vie», il y aura des ouvriers, des syndicats pour cautionner les usines d’armement.
Un jeune de 21 ans est mort tué par l’explosion d’une grenade lancée par un gendarme mobile.

Alsetex, c’est le fabricant… Voilà quelques extraits puisés sur le site de la commune de Précigné (Sarthe) : « En 1935, Alsetex, sentant monter le danger d’une nouvelle guerre, juge prudent de s’éloigner vers l’ouest et s’implante dans la forêt de Malpaire à Précigné. Une étude préalable à son installation, compte tenu de la dangerosité de ses activités, n’a pas suscité d’inquiétude de la part de la municipalité. […] Alsetex, aussi connu sous le nom de la « Poudrière » et qu’à Précigné on appelait simplement « l’Usine » est une chance pour la commune et celles environnantes. Le chômage local baisse, la population croît ainsi que le nombre d’enfants scolarisés. La Société est soucieuse d’être moderne. Par exemple, elle insiste auprès de la municipalité pour bénéficier du service d’eau potable dont l’installation est en cours dans le bourg. […]Dans les années 50, l’usine Alsetex compte mille deux cents employés qui viennent non seulement de Précigné et des communes du canton mais aussi des départements voisins. Plusieurs cars viennent les chercher et les ramener. Les Précignéens âgés ont en mémoire les nombreux vélos qui, tôt le matin et en fin d’après-midi, traversaient Précigné. Bien sûr, une cantine fonctionne le midi.
La présence d’une usine dynamique contribue à éviter le départ de la main d’œuvre locale vers la ville et fait évoluer la vie rurale : des agriculteurs, qui vivent mal sur une exploitation trop petite, vont faire le choix du travail ouvrier ; l’usine attire également une main d’œuvre féminine. »
C’est à la rubrique « histoire de Précigné »…

Aujourd’hui, dans cette commune comme partout en France on commente l’actualité :

Un jeune de 21 ans est mort tué par l’explosion d’une grenade lancée par un gendarme mobile.

Comment ne pas vouloir renverser cette société- là ?

a cerclé(1) Évariste est le nom de chanteur d’un physicien qui a sorti des chansons engagées mais néanmoins drôles en 68. En 75, aurait dû se taire plutôt que d’appeler dans une chanson Daniel Cohn-Bendit à revenir. Ce qu’il fit malheureusement… Est retourné depuis dans le monde des sciences.