P… de salariat ! (5 mai 2015)

Madame Lambda voudrait bien offrir un pull en cachemire à Monsieur Lambda. Des mois qu’elle remplit des pots de mayonnaise avec les pièces que la Bernadette n’aura pas… Et puis là, le pactole, sa boîte a enfin obtenu un contrat juteux. Madame Lambda a eu droit à sa petite prime. Le seul souci pour elle, c’est de trouver la boutique : Indienne ou pakistanaise ? Parce qu’il y aurait comme un conflit entre les deux pays à propos du fameux Cachemire. Pas la laine de chèvre, la province…
Faut qu’elle se dépêche un peu parce que, si ça se trouve, une guerre va peut-être éclater entre les deux pays… Dur dans ces conditions de s’approvisionner en pulls en cachemire.
Madame Lambda pense raisonnablement qu’elle aurait intérêt à opter pour la boutique indienne. L’Inde vient de passer commande de toute une flopée d’engins de mort. Des Rafales de chez Dassault… La garantie de nombreuses victimes innocentes, de sang, de mutilations, de blessures.
Madame Lambda, elle, ce qu’elle voit, c’est le chèque de sa prime dans l’enveloppe avec le trèfle à quatre feuilles dans la pointe de lance, le logo de Dassault Aviation…
Madame Lambda, toujours dans ses pensées, regarde les infos et n’en croit pas ses yeux : Elle va l’avoir son deuxième chèque ! Notre bon maître, sa majesté Président a réussi à vendre 24 Rafales au Qatar qui ne s’achète pas que des footballeurs. C’est vrai que ce n’est pas avec le PSG qu’il va pouvoir tenir à distance l’équipe de l’Etat Islamique, le petit émirat plein de fric.
Monsieur Lambda, un cousin lointain de la petite main de l’usine de prêt-à-tuer, est un peu moins joyeux. Pas envie de faire la fête avec ces deux vedettes porte-hélicoptères Mistral qu’il va falloir rembourser à la Russie. Pas gagné pour la prime. Si déjà il arrive à sauver son emploi sans trop de sacrifices, il pourra à s’estimer heureux…

Des salariés ont manifesté devant l'entrée de l'usine, boulevard Marcel-Dassault, de 6 heures à 10 heures du matin, à l'appel de la CGT. La vente des Rafales à l'Inde... une bonne occasion de demander une augmentation.

Des salariés ont manifesté le 16 avril 2015 devant l’entrée de la fabrique de morts , boulevard Marcel-Dassault à Anglet, à l’appel de la CGT. La vente des Rafales à l’Inde… une bonne occasion de demander une augmentation.

Combien de Madame Lambda, de Monsieur Lambda qui gagnent leur vie en bossant dans des usines de mort tout en le sachant ? Combien d’ouvriers qui passent leurs journées de chagrin à fabriquer consciencieusement des armes de destructions, de répression d’aliénation ? Combien d’ouvriers à fabriquer des grenades lacrymogènes, des menottes, des flash-balls, des blessures, du chagrin, des morts ?
Le système capitaliste a décidé de ce qui était honnête comme travail et de ce qui ne l’était pas. Madame Lambda est une honnête travailleuse de cette honnête industrie de mort dont la France est si fière. Elle a donc droit à une prime à chaque gros contrat synonyme de promesse de massacre.
Elle en parlait dernièrement en battant le pavé contre la pluie qui mouille et la guerre qu’est pas bien.
Parce que Madame Lambda ne transige pas avec sa conscience, elle est déléguée syndicale comme son cousin breton. Mais faut bien gagner sa vie, défendre son emploi, protéger son usine, ménager son patron, sauver la France, soutenir les Bleus, s’abonner à Charlie-Hebdo…

Un dessin hommage à Cabu trouvé sur le net

Un dessin hommage à Cabu trouvé sur le net

Monsieur Lambda aimait bien Cabu l’antimilitariste de « À bas toutes les armées  ». Il ne manquait jamais un de ses dessins qu’il savourait pendant la pause avant de retourner à son poste de chaudronnier.

Un chaudronnier, il y en a un qui est dans une panade mortelle. En Moselle, La vie était duraille vus les salaires mirifiques octroyés. Alors le mec, il a juste voulu partir une semaine au bout du monde pour éponger quelques dettes. Il dit qu’on lui avait parlé d’une usine d’acrylique en Indonésie. Et j’ai envie de le croire. Très vite il voit des trucs bizarres sur le chantier mais il y reste un jour de trop pour pouvoir se payer son ticket retour. L’Indonésie, la Moselle à la nage, pas jouable.

On connaît la suite :
Les flics, la zonzon Nusa Kambangande et la condamnation à mort. Le 7 mai, son recours sera examiné. Sûr qu’il dort moins bien que toutes les Madame Lambda, tous les Monsieur Lambda bossant à la mort des autres…
Serge Atlaoui aurait dû aller du côté des vedettes Mistral, des avions Rafales, des chars Leclerc, des missiles de croisières Apache, des missiles nucléaires tactiques Hadès… Au lieu de cela, un laboratoire de fabrication d’ecstasy… OK, c’est de la merde ce genre de produit… Mais qu’est ce qui est le plus criminel entre un laboratoire de merde hallucinogène et une usine d’armement ?
Qu’est-ce qui est le plus injustifiable, bosser dans le premier (je rappelle que Serge Altaoui n’était même pas au courant de ce qui se fabriquait dans l’usine où était son chantier) ou se réjouir des ventes d’engins de mort de sa boîte ?

Et tout ça parce qu’avec ce capitalisme de merde, avec ce putain de salariat, des individus sont contraints d’aller vendre leurs muscles, leur santé, leur liberté, leur conscience pour simplement finir le mois en cours.

Putain de salariat !

Biscotte

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