Méfions-nous des contre-façons

article publié le 16 avril sur monde-libertaire.net

La police recrute :
« Policier.ère formateur.trice en techniques et sécurité en intervention.
Parmi ses missions, assurer la formation initiale et continue des policiers de tous grades dans les domaines de compétences suivants : les techniques de défense et d’intervention, l’organisation tactique d’événements urbains, à la gestion de stress, et à l’emploi des armes en dotation dans la Police nationale.
Nécessite : Goût pour la pédagogie, solide expérience des interventions de voie publique, sens des relations publiques, rigueur et méthode.
Condition de recrutement : L’officier.ère, le.la gardien.ne de la paix ou le.la gradé.e doit avoir exercé pendant au moins 5 ans après la titularisation.
Formation : 18 semaines de formation articulées autour de 2 modules :
– 1er module : 11 semaines au centre national d’éducation physiques et sportives (CNEPS) de Cannes-Écluse (77).
– 2ème module : 7 semaines au centre national de tir (CNT) au Fort de Montlignon (95) ou celui d’Antibes (83). »

C’est donc grâce à son goût pour la pédagogie.flic cnt 3

Son sens des relations publiques.flic cnt 2

Que ce flic a pu accéder au fabuleux centre national de tir (CNT)flic cnt_opt-1 (2)

On arrête de plaisanter : les flics, ça ose tout. C’est même à ça qu’on les reconnaît… C’était le 9 avril quand les rues de Paris tonnaient. Vieilles méthodes des flics infiltrés qui vont titiller les manifestants, histoire de les pousser à des actes vite réprimés puisque prévus et programmés…
Rien de tel pour discréditer un mouvement que de monter les « honnêtes gens » contre les sales casseurs cagoulés et casqués… bref, comme le blagueux (policier de la blague) ci-dessus.

Ce n’est pas vraiment nouveau comme méthode :
En 1979, la Lorraine à la métallurgie malade marche sur Paris. Fin de manif, affrontements au cœur de Paname. Les autonomes sont au rendez-vous et parmi eux : Gérard Le Xuan, un flic qui avait sur lui son brassard, sa carte de police ainsi que son arme de service ! Coincé par le service d’ordre de la CGT.

Souvenir d’ancien combattant : Manif contre le tunnel du Somport – je sais, je radote… bénéfice de l’âge – mai 1994… Le gros de la manifestation n’est pas descendu jusqu’au chantier et assiste aux affrontements plus bas avant de se faire gazer par les gendarmes mobiles, qui n’aiment pas trop les témoins.
En bas, la tension monte. Grâce à nos chiffons noirs, nous nous retrouvons entre anars. Un mec vient nous voir, nous propose d’aller casser la baraque du gardien du chantier. Sans suite pour nous. Il va ensuite au milieu d’un groupe de jeunes chauds bouillants, prend une pierre, la jette en direction de la baraque vite imité par les jeunes. C’est parti, gros défoulement, en peu de temps la baraque est démontée et servira ensuite à faire un barrage symbolique face aux camions militaires apportant des renforts en brutes épaisses… Le mec, champion du monde du lancer foireux, est derrière les casqués, sur un véhicule, en train de photographier les casseurs…

Parfois, le coup du « flic infiltré » est utilisé par les organisateurs de manifestations dignes et sérieuses. Bref rappel : 16 Octobre 2010, une manif comme tant d’autres à Paris. Les centrales syndicales se sentent légitimes pour dicter et le rythme et le ton des « promenades urbaines ».
Surtout, montrer au pouvoir des salons que le pouvoir de la rue, ce sont ces mêmes centrales prêtes à négocier « entre gens responsables ». Pas de chance, il y aura toujours au cœur des manifestations des personnes plus radicales pour qui « La manif qui marche au pas, Cela ne les regarde pas. »
Tissons-leur vite une mauvaise réputation… 16 octobre 2010, une vitrine de banque est mise à mal par un manifestant. Vite, un « citoyen responsable » tente de ceinturer le casseur. Vite, des manifestants viennent à la rescousse du ceinturé et parmi eux un cagoulé rapidement surnommé « le ninja ».
Des images circulent, ainsi qu’une rumeur de flic infiltré, vite relayée par le leader maximo Mélenchon, Thibauld ainsi que par les opposants sérieux et responsable.
Si l’épouvantail du « casseur juste là pour se défouler en utilisant un mouvement qui n’est pas le sien et qu’il décrédibiliserait en agissant ainsi » n’est pas suffisant pour assurer l’ordre et l’encadrement des troupes, alors le très utile « Attention aux flics infiltrés qui risquent de vous faire faire quelque chose que vous regretterez ensuite » intervient pour calmer les foules…
Épilogue :
Manifestation du 16 octobre : six mois ferme pour le casseur « ninja »
[…] Lundi comparaissait devant la 23e chambre du tribunal correctionnel le « ninja », G. XXX, 30 ans, vivant de petits boulots, sympathisant des anticapitalistes et demeurant dans un squat du XXe arrondissement, à Paris. Grâce à des clichés pris durant la manifestation, les policiers avaient identifié le suspect, proche selon eux des milieux anarchistes. Le casseur qui a brisé la vitrine de la banque n’a, lui, jamais été interpellé. Arrêté le 5 novembre, G. XXX avait été aussitôt incarcéré à Fleury-Mérogis. « Oui, c’est moi », a-t-il avoué lundi, quand on lui a présenté la photo du fameux coup de pied.
[…] Le Parisien | 06 Déc. 2010, 22h21

En résumé : Oui, il y a bien des flics infiltrés dans les cortèges, mais ce n’est pas la peine de dire qu’ils sont toujours là pour provoquer et jouer aux casseurs… Ils le font déjà trop souvent.

Allez, on plonge dans le passé : Fin du XIXe siècle, les propagandistes libertaires avaient une influence certaine. C’est de la crainte qu’ils inspiraient aux tenants du Pouvoir du fait de la sympathie qu’ils inspiraient aux « gens tranquilles », y compris chez les rupins ancêtres des bourgeois bohêmes. De nombreux artistes n’avaient pas peur d’afficher leur sympathie pour les idées anars. Les premiers attentats anarchistes avaient été assez bien accueillis par le peuple, ces actions n’ayant alors pour cibles que les « tyrans, les profiteurs, les magistrats et les policiers » : les propagandistes par le fait étaient considérés comme des libérateurs.

Il fallait donc discréditer le mouvement… Le Président du Conseil, également ministre de l’intérieur chargea alors un certain Louis Puirabaud, inspecteur général des services administratifs du ministère de l’Intérieur – mais plus sûrement barbouze -, de trouver un remède miracle. Les flics avaient repéré un zig, Auguste Vaillant, qui souhaitait entrer dans la danse des attentats pour venger Ravachol, guillotiné un an plus tôt. Auguste Vaillant se révéla la marionnette idéale… Notre zig cherche de quoi confectionner sa bombinette, un certain « Georges » – qui se dit compagnon et qui dit sortir de prison où on le logeait pour cambriolages – croise opportunément sa route et lui fournit argent, clous et poudre.
Le 9 décembre 1893, la bombe explose à la Chambre des députés : une cinquantaine de blessés légers, aucune blessure sérieuse et pour cause… la bombe avait été sponsorisée par le laboratoire municipal de la Préfecture… Georges, le flic aux ordres de Puirabaud, était ainsi sûr de son effet inoffensif…
Puibaraud accompagna cet attentat « au sommet » d’une campagne d’attentats bidons dans tous les quartiers de Paris, provoquant un revirement dans l’opinion à l’égard des anarchistes. La chasse était ouverte.

Le 11 décembre 1893, les députés, remis de leurs émotions, votèrent la première des trois lois scélérates…

«Je fais un sale métier, c’est vrai ; mais j’ai une excuse : je le fais salement.» Cette phrase a tout de même plus de classe dans la bouche de Randal, le voleur de Darien.

Rajout à l’article initial :

Décidément les flics ont les yeux de Chimène pour la CNT… Quand on juxtapose cette « usurpation d’identité syndicale » et le saccage du local syndical à Lille, pourquoi ne pas imaginer un flic infiltré se réfugier dans un local pour justifier la charge des gros bourrins…

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