lire au lieu d’élire

couvHugues (2)

Par ce titre Pérégrinations pédagogiques Hugues Lenoir tient à rendre hommage à Flora Tristan qui publia le récit de son voyage au Pérou titré Pérégrinations d’une paria. Mais, il souhaite surtout rappeler que pour répandre ses idées socialistes et féministes, Flora s’engagea dans un tour de France à la rencontre des ouvriers et des ouvrières en 1843. Comme, elle, il poursuit son voyage en pédagogie émancipatrice. Il consacre la première partie de cet ouvrage à un précurseur des pédagogies modernes, disciple de Jean-Jacques Rousseau, Johann Heinrich Pestalozzi, auquel les pédagogues libertaires doivent (peut-être) quelques-unes de leurs idées. Il prolonge son chemin en brossant une rapide synthèse de l’émergence et de la permanence du souci d’éduquer que partagèrent les militants libertaires et leurs organisations, du milieu du XIXe siècle au premier tiers du XXe durant la Révolution espagnole. Enfin, l’auteur termine sa promenade en éducation libertaire en analysant et commentant, avec un regard contemporain, la conférence donnée sur ce thème en 1900 par le militant anarchiste hollandais Ferdinand Domela Niewenhuis dont le texte est reproduit in extenso dans l’ouvrage pour conclure sur une brève réflexion autour de Jacotot/Rancière et Le Maître ignorant.


couv celles de 14 bis

Hélène Hernandez, Celles de 14 : La situation des femmes au temps de la grande boucherie, Novembre 2015

Les femmes restent les grandes oubliées des guerres. Pourtant elles vivent le départ des hommes – mari, compagnon, fils, père et qu’elles soient favorables ou non à la guerre, elles craignent ce qu’il résultera de ces guerres des puissants qui envoient au massacre les humbles et les pauvres. Tous ceux qui sont appelés ne partent pas la fleur au fusil et, bien souvent, toutes celles qui restent n’ont guère d’ambition guerrière.
Pendant la Première Guerre mondiale, le quotidien de la vie des femmes est bouleversé. Mais quelle est donc l’histoire de ces femmes de 1914 ? Quelle est la réalité sociale et économique : solitude, chagrin du deuil, responsabilités nouvelles en remplaçant les hommes dans de nombreux métiers ? Mais aussi quel engagement militant dans le mouvement politique, féministe, pacifiste ?
Ces quatre années ont-elles représenté une marche vers l’émancipation des femmes ou, au contraire, une consolidation des rôles et des rapports sociaux de sexe ? Car au lendemain de la guerre, l’ordre du jour est pour les femmes de rendre leur place aux hommes et de se consacrer au repeuplement de la France…

À partir de nombreuses lectures croisées, et nourrie d’une militance anarchiste, anarcho-syndicaliste et féministe, l’auteure tente de cerner ce que cette histoire dit de la situation des femmes d’aujourd’hui. La guerre tue toujours, et de plus en plus de population civile : les femmes en paient un lourd tribut sans que leur histoire puisse être exposée au grand jour.

aux éditions libertaires


COUV-TABAC-DYNAMITE2-200x300Federico Ferretti et Patrick Minder, éd., Pas de la dynamite mais du tabac : l’enquête de 1885 contre les anarchistes en Suisse romande. Paris, Editions du Monde Libertaire, 2015, 168 p.

lu sur Le mouvement social

Parmi les sujets qui ont été les plus étudiés par les chercheurs et les militants, les activités anarchistes des années 1880-1900 occupent une place sans doute prépondérante. Marquée par une intense activité propagandiste en faveur de la « propagande par les faits », cette période est aussi celle qui voit, tant en Europe qu’en Amérique, la police, l’armée, la magistrature et les élus adopter les mesures les plus répressives pour conjurer ce qu’il est convenu d’appeler le « péril anarchiste ». En Espagne, en Italie, en France, aux États-Unis, au Mexique ou en Argentine, le nombre de morts provoqués par cette répression dépasse, et de loin, le nombre de victime entrainées par les attentats commis par les compagnons. Ajoutons à cela le nombre de morts lentes qui frappent tous ceux qui, comme en France, sont envoyé au bagne suite à l’adoption des « lois scélérates », parfois simplement coupables d’avoir fait l’apologie des idées libertaires.

Si toutefois la répression à l’encontre des anarchistes est générale, l’issue n’est pas toujours aussi dramatique. C’est ce que montrent les auteurs de ce petit livre qui reproduisent les procès verbaux des interrogatoires conduits en Suisse Romande par un juge d’instruction, de février à mai 1885, sous le prétexte des plus vagues de l’existence d’un prétendu complot visant, entre autre, à faire exploser le palais du Conseil fédéral suisse à la dynamite.

Personne pourtant, y compris parmi ceux qui mènent l’enquête, ne semble avoir sérieusement cru que dans la paisible Suisse on ait pu trouver des anarchistes prêts à commettre de tels gestes sacrilèges. Les nombreux réfugiés politiques sur place, qu’ils soient français, italiens, espagnols ou allemands, se gardent bien d’enfreindre les lois helvétiques qui leur assurent un refuge précaire, certes, mais bien réel. Les raisons d’un tel acharnement policier sont, en fait, bien moins glorieuses pour la patrie de Guillaume Tell. C’est pour donner des gages aux puissants voisins allemand et autrichien, inquiets des activités subversives de leurs ressortissants anarchistes sur le territoire helvète, que cette enquête est diligentée. Le doute n’est d’ailleurs pas permis, comme le révèlent les conclusions de l’arrêté de clôture de l’enquête pris par le Conseil fédéral, le 7 juillet 1885, qui débouche sur un non-lieu général. Tout en précisant que « l’enquête n’a fourni à la charge d’aucun des individus qui ont été entendus la preuve suffisante qu’ils aient pris part à un délit réprimé par le code pénal fédéral », l’arrêté reconnaît ouvertement que le but des poursuites n’avait pas moins été atteint : fournir aux autorités « des renseignements complets sur le groupe des anarchistes en Suisse en désignant les étrangers qui y jouaient le rôle principal ».

Au total, plus d’une centaine de militants de toutes les nationalités soupçonnés de « menées anarchistes » seront interrogés et leur domicile perquisitionné. Cette débauche de moyens, et la démarche consciencieuse des magistrats, n’empêchera pas pour autant que des bavures soient commises au passage, comme la poursuite d’un train que l’on soupçonne de transporter de la dynamite alors qu’il s’agit de tabac, probablement de contrebande. Grâce à la retranscription intégrale des interrogatoires de cette enquête, le lecteur pourra goûter également à l’ironie subtile des réponses apportées aux magistrats par des militants comme Jean Grave ou Élisée Reclus. C’est donc à une lecture tout à la fois « instructive et distrayante » que nous convient les auteurs qui nous présentent un passé qui n’est pas sans analogies avec la situation des pays démocratiques actuels, confrontés à bien d’autres menaces terroristes, certes, mais hantés toujours par la même obsession sécuritaire.

Gaetano Manfredonia.

Couv corcuffPar Philippe Corcuff
Paris, Éditions du Monde libertaire, 296 p.

Un livre de philosophie politique anarchiste et pragmatiste

Sommaire

Introduction : Méthodologie pragmatique pour un anarchisme pragmatiste
Partie I : Le travail de la critique
1 – Autobiographie critique d’un anarchiste néophyte : parcours et errements d’un militant
2 – De la diabolisation des médias (Adorno, Debord, Chomsky, etc.) à une critique pragmatiquement radicale
3 – Questionnements écologistes, décroissance et pluralisme libertaire
4 – Questions de/à l’altermondialiste John Holloway
5 – Questions du/au « postanarchisme » de Michel Onfray
6 – Qui/quoi est responsable de la panade actuelle : la société, les autres ou moi ?
Partie II : Exploration de sentiers libertaires hérétiques
7 – Liberté et égalité : Bakounine rééquilibré par Proudhon
8 – Marx et les anarchistes : résonances partielles, liaisons iconoclastes, tensions
9 – Éclats libertaires hors de l’anarchisme : interférences entre Rosa Luxemburg, John Dewey et André Gorz
10 – Critique sociale, capitalisme, individualités et individualisme
11 – Apports de Michel Foucault à la boîte à outils libertaire
12 – La double hypothèse d’un anarchisme pragmatiste et d’une social-démocratie libertaire

En guise d’ouverture : Actualité d’une Fédération Anarchiste


Couv cause animaleAnarchisme et cause animale. Editions du Monde libertaire

Ouvrage des textes d’anarchistes sur la place des animaux :

Il y a chez Proudhon, Bakounine, Reclus et Kropotkine un vrai fil conducteur, au-delà de quelques différences (Reclus et Kropotkine intégrant la théorie darwinienne). Ils reconnaissent une continuité entre l’homme et l’animal, ils postulent une possibilité qu’il y ait une nouvelle espèce supérieure à l’homme dans l’évolution ou même que l’homme évolue mais que
1/ ce n’est pas leur problème, ni le problème de l’humanité
2/ l’homme est animal et plus qu’animal, par différence non de nature mais de degré : l’homme est supérieur mais non tyran.

Ils n’approchent pas la question par la « raison » ou par la « souffrance », thèmes qui sont des impasses pour eux, mais par le projet sociétaire.

Les livres proposés peuvent être commandés à Publico

Et surtout, bonnes lectures.