Les tabourets en pyramide 25 septembre 2014

          ECOLE Quand j’étais môme, à user mes fonds de culottes sur un banc d’école. Une fois par an, on avait droit à la visite d’un petit cirque ambulant. Spectacle pitoyable d’un mec couperosé dans ses beaux habits aux multiples reprises. Et le clou du spectacle, c’était une pauvre chèvre qui devait monter sur une pyramide de tabourets de plus en plus minuscules, de plus en plus haut. Quand elle hésitait, le sombre connard lui tapait dans les pattes avec un truc qui devait faire mal. La première fois que j’ai fut ce spectacle affligeant, j’avais six ans et vraiment pas toutes mes dents.  Quand le gus a tapé sur la chèvre et qu’elle s’est mise à bêler comme on pleure, j’ai foncé donner un coup de pied dans les tibias du tortionnaire en criant un énorme « méchant » puis j’ai foncé m’enfermer dans les chiottes pour chialer comme on bêle. Les années suivantes, j’ai été « dispensé » de spectacle par l’instit qui n’avait pas apprécié de devoir s’excuser auprès de l’artiste pour le comportement d’un de ses élèves. Plus tard je suis tombé sur Michèle Bernard – « la vieille chèvre » , les souvenirs sont revenus et je me suis ainsi rendu compte que je n’étais pas le seul, que nous étions peut-être nombreux à avoir subi ce sinistre spectacle.

Ce minable cirque, mine de rien, continue ses ravages. Il a juste grandi, comme moi, et ne tiendrait plus sous le vieux préau. Il est là, autour de nous. Il passe aux journaux télévisés. Il nous demande de l’applaudir alors que nous sommes contraints de monter sur une pyramide de tabourets. Difficile d’applaudir dans ces conditions…

Sarkozy fait son come-back. Un guignol le laisse parler, se laisse insulter et oublie juste qu’il a en face de lui un escroc, un voleur, un truand. Et nous, le troupeau en équilibre instable sur nos tabourets, on subit ce spectacle affligeant. Parce que le journaleux propre sur lui, il sait qu’il doit nous vendre un beau spectacle. Il regarde ses fiches, sait qu’il doit laisser Sarkozy faire son numéro d’illusionniste jusqu’au bout, jusqu’à la chute finale… Il prendra alors des pigeons  Valeurs Actuelles et les transformera en mouettes tournant autour de la Marine.

Et le guignol nous vendra Manuel Valls qui nous vendra le Socialisme Nouveau qui nous vendra la sociale démocratie qui nous vendra le patronat. Personnellement, au cirque, je préfère qu’on me vende un esquimau au café avec des éclats de noisettes. Bon, c’est pas le moment de rêver de glace… Un gus effrayant vient de se mettre au centre de la piste, sous le feu des projecteurs. Vite, il fait le tour des pyramides de tabourets, balançant par-ci, par là, des coups de canne vicelards dans les tibias.

Pierre Gattaz, 250 M€ en 2014, en un an sa fortune a progressé de 101,61 %… Et comme ce n’est pas assez, il nous fait monter sur des pyramides de tabourets.

Numéro spectaculaire : Sous les applaudissements des actionnaires, il se propose de faire grimper les travailleurs sur des tabourets rendus de plus en plus petits en rabotant… « Roulement de tambour, je remets en cause le smic, et hop je rabote… Roulement de tambour, je fais travailler les week-ends et les soirées, et hop, je rabote sur le temps libre, je rabote… Roulement de tambour, je remets en cause les 35 heures, et hop je rabote… Tiens, ils ont encore l’air à l’aise sur leur tabouret… Roulement de tambour, je supprime deux jours fériés, je rabote, je rabote… »

Et nous, dociles, on grimpe. Les invités du guignol n’arrêtent pas de dire que c’est imparable, qu’on ne peut pas faire autrement, que c’est pour notre bien. Alors on les croit. On grimpe, on grimpe et c’est de plus en plus précaire… Tiens, le dompteur Pierre Gattaz nous crie quelque chose : « les mots interdits, les tabous, ça suffit. Notre modèle social a vécu, il n’est plus adapté ».

Et là, j’ai envie de retrouver le petit ga’s qui avait shooté le tibia d’un connard tortionnaire de chèvre.

« OK, Pierrot du MERDEF, on va s’en occuper des mots interdits… « Autogestion », « Révolution Sociale et Libertaire », « Anarchisme Social ». On va lever le tabou sur des mots sales comme « bourgeois », « actionnaires », « dividendes », « capitalisme ». Tu sais bien ce capitalisme de merde qui donne la pulsation à la planète. Tu te rappelles… En été 2007, la Finance commence à se casser la gueule suite à la crise des subprimes. Le Capitalisme est mal très mal. 2008, Les banques sont exsangues. Vers les 11 et 12 octobre 2008 au niveau de l’Europe, se sont 1 700 milliards d’euros qui sont rapidement trouvés et débloqués. Ouf, le monde des finances va pouvoir continuer à exploiter les ressources naturelles et les ressources humaines. Décembre 2009, Conférence de Copenhague  sur le climat… Rien de véritablement efficace  ne sera mis en place pour lutter contre le réchauffement de la planète. Pas urgent. Comme quoi, ce n’est pas si insupportable que ça que la planète se prenne un coup de chaud alors qu’il est hors de question, pour toi et tous les vautours de ton monde, que le Capitalisme disparaisse, tabou…

bd-babouse

Levons les tabous, puisque tu nous le proposes. Allez oust… Tu imagines… Le salariat aboli, les entreprises aux ouvriers qui ne produiraient que pour répondre aux besoins des gens. Des patrons licenciés. L’argent supprimé… et ton costard de patron du MERDEF remplacé par du goudron et des plumes.

Allez Pierrot… appelle ton copain le Manu de Matignon, Le Nico de Neuilly Mérogis, La Marine Nationale, et toute la bande… On va vous apprendre à monter sur des pyramides de tabourets… »

 » […] La vieille chèvre de mon enfance / Qui me donnait envie d´ frapper / Chaque fois qu´on veut nous écraser / J´y pense / Elle était l´obéissance,  / Rançon de sa tranquillité

Chaque fois qu´on va se révolter / J´y penserai »

Biscotte