Le « Malatesta », mauvais choix…

Montreuil.  Nono, il a juste le temps de casse-croûter avant la reprise. Il aime bien son boulot. Enfin, il aime bien ses potes de la start-up mais c’est presque toujours le surbooking, succès oblige. Nono, son vrai nom c’est Nordine ; son père était venu en France quand elle avait eu besoin de lui. Faut dire qu’à l’époque, son père était français parce que né en territoire occupé par la France. C’était une période trouble en Kabylie mais, heureusement, la France était très accueillante pour ces hommes qui avaient choisi les bidonvilles de Paname sous le regard des flics plutôt que les camps de regroupement sous le regard des soldats français.

« Ce qu’il faut dire aux Algériens, ce n’est pas qu’ils ont besoin de la France, mais que la France a besoin d’eux. C’est qu’ils ne sont pas un fardeau ou que, s’ils le sont pour l’instant, ils seront au contraire la partie dynamique et le sang jeune d’une nation française dans laquelle nous les aurons intégrés. J’affirme que dans la religion musulmane, rien ne s’oppose au point de vue moral à faire du croyant ou du pratiquant musulman un citoyen français complet. Bien au contraire, sur l’essentiel, ses préceptes sont les mêmes que ceux de la religion chrétienne, fondement de la civilisation occidentale. D’autre part, je ne crois pas qu’il existe plus de race algérienne que de race française. (…) Je conclus : offrons aux musulmans d’Algérie l’entrée et l’intégration dans une France dynamique. Au lieu de leur dire, comme nous le faisons maintenant : « Vous nous coûtez très cher, vous êtes un fardeau », disons-leur : « Nous avons besoin de vous. Vous êtes la jeunesse de la nation »

Un remarquable discours en faveur de l’intégration …

Ces paroles ont été prononcées à l’Assemblée nationale, le 28 janvier 1958, par un certain Jean-Marie Le Pen.

Nono, face à son écran, ne peut s’empêcher de sourire en lisant les mots passés du borgne immonde présent. De sourire voire de rire devant l’amalgame simpliste fait entre l’origine et la religion des individus.

Nono, on le traite d’arabe alors qu’il est kabyle et ça, il n’aime pas… Il n’aime pas comme un Apache qui ne supporterait pas d’être traité de Yankee…

Mais ce qu’il supporte encore moins, c’est d’être considéré comme musulman. La religion, ce n’est vraiment pas sa tasse de thé à la menthe.

Petit, il subissait la loi de ses parents, des voisins. Parce que les préfectures délivraient des permis de séjour aux immigrés à condition qu’ils se regroupent… après les camps de regroupements là-bas au pays, les bidonvilles, les quartiers « communautaires ».

Alors petit, Nono écoutait poliment les « grands » raconter leur Hajj… « Tu vois, Nordine, plus tard toi aussi tu iras à la Mecque pour toucher la Kaaba, inch’Allah… » Et puis, pour Nono, la puberté – outre l’apparition attendue de poils pubiens – avait été synonyme de ramadan, de ventre qui se plaint et de la furieuse envie de faire comme les copains non musulmans.

En repensant à son adolescence  et ses ramadans forcés, Nono a la furieuse envie d’aller casse-croûter dans le petit jardin public en bas de l’immeuble.

Cinq jeunes marocains ont été condamnés vendredi à six mois de prison ferme chacun pour ivresse sur la voie publique et pour avoir mangé en plein Ramadan par le tribunal de première instance de Souk El Arbaa du Gharb, à une quarantaine de kilomètres au nord de Kénitra.

Les accusés ont été arrêtés en flagrant délit par des éléments de la gendarmerie royale à Sidi Allal Tazi, commune rurale de la région de Souk El Arbaa, alors qu’ils sirotaient du vin et mangeaient en plein public pendant le mois de Ramadan.

Le juge qui a prononcé la sentence a affirmé à l’issue de ce procès que si la législation le lui permettait, il aurait condamné les jeunes Marocains à des peines beaucoup plus sévères. Actuellement, au Maroc, tout musulman coupable d’avoir mangé en pleine période de jeûne, est puni de l’emprisonnement d’un à six mois et d’une amende de 12 à 120 dirhams.

À Rabat,un jeune marocain de 19 ans avait été condamné à trois mois de prison pour avoir fumé une cigarette dans la rue. Devant le parquet, il avait répondu au magistrat qu’il ne faisait qu’exercer sa liberté individuelle.        [Tiré de bladi.net article du 5 juillet 2 014]

Nono, dès qu’il a pu, il a expliqué à ces parents qu’être musulman pour respecter la tradition, ce n’était pas pour lui. Sa mère avait pleuré en disant qu’il allait apporter l’archouma, la honte sur la famille alors il a fait comme si. Juste pour le bien être de sa mère. Encore maintenant, il se débrouille toujours pour partir en vacances le neuvième mois du calendrier hégirien histoire d’être loin pour qu’on ne le voie pas vivre comme il le souhaite au lieu de faire le ramadan.

Pour l’instant, il s’est enfin posé sur le petit banc de pierre. La fringale est là, Nono ouvre le petit sac à dos qui le fait ressembler à un môme avec son goûter.

Ce qu’il risque, c’est d’être accusé d’apostasie. On ne démissionne pas chez Allah…

Quatrième préjugé :

Certains prétendent que l’application de la peine de l’apostasie est une violation des droits de l’homme en Islam qui préconisent la liberté de religion et qu’elle est en contradiction avec ce verset qui dit : (Nulle contrainte en religion)[Sourate 2, verset 256.]. (Attention, c’est une manipulation du site qui a publié ce texte : La sourate signifie qu’on ne peut forcer un musulman à changer de religion… Mais surtout pas qu’un musulman pourrait changer de religion ou ne plus obéir aux préceptes de sa religion…)

Réponse à ce préjugé :

L’Islam a prévu la peine capitale pour l’apostasie comme cela est dit dans ces hadiths : « Il n’est pas permis de verser le sang du Musulman qui atteste qu’il n’y a de divinité [digne d’adoration] qu’Allah et que je suis le Messager d’Allah, sauf dans trois cas : le mouhçane (le marié) qui commet l’adultère, l’auteur d’un homicide (volontaire) et le renégat qui délaisse la communauté »[Mouslim (3/1302), Hadith N° 1676]. « Quiconque abjure sa foi, tuez-le ! »[Al Boukhari (6/2537), Hadith N° 6524].

  Il faut avant toute chose, signaler deux points importants :

  1- La peine n’est appliquée que pour le renégat qui expose publiquement son apostasie, invite et incite les autres à se rebeller contre les enseignements et les institutions de l’Islam : l’apostasie ici s’apparente à une insurrection interne. Quant à celui qui n’expose pas son apostasie, son jugement reviendra à Allah, car l’Islam ne prend en compte que les apparences, quant aux intimités du cœur, seul Allah les connaît.

2 – Durant trois jours au cours desquels il a des entretiens avec de grands érudits, on le convie à revenir à sa foi…  On peut lire ce genre de prose hallucinante sur un site de conversion à l’Islam…

Ça donne envie… Allez, une petite explication que nous apporte ce fameux site :

Pourquoi exécute-t-on le renégat ?

  1 – L’apostasie est une publicité néfaste pour l’Islam  (une exécution au sabre, manifestement pour eux, ce n’est pas une mauvaise publicité… ) et un outrage à ses adeptes du fait qu’elle empêche les autres de penser à l’embrasser, car c’est comme s’il disait  qu’il s’est islamisé, a expérimenté l’Islam, mais l’a trouvé insatisfaisant et que son ancienne religion est meilleure que l’Islam. […]

3 – L’Islam ne regarde pas la religion comme une affaire personnelle, même si cela se présente comme tel en apparence. Car l’apostasie n’est pas simplement le changement de croyance du renégat, mais une violation de l’ordre, ce qui menace à terme le système. L’effet néfaste ne se limite pas à la personne du renégat mais se répand dans toute la société. […]

Nono fouille des mains et des yeux  dans son sac à dos ouvert sur ses genoux. Pause très courte pour déjeuner alors ne pas perdre de temps à trop penser à une religion qui ne le concerne plus. Vivre et laisser vivre… Chacun son truc.

Il s’arrête pourtant un instant, un nouveau nuage passant devant ses yeux…

Pendant ses dernières vacances en Haute Savoie, Nono avait juste eu envie aller boire un coup…

Un troquet vite trouvé et… Une patte de sanglier en guise de poignée de porte. Il entre…

En dessus du bar, une tête de sanglier empaillée… Nono défie le patron du regard et file se mettre en dessous de la hure. Derrière le bar, y a un gros con entouré d’une multitude de petits objets tous représentant des cochons… Comme ça, le mec n’a même pas à dire que les « z’arabes » ne sont pas les bienvenus…

Nono, s’en fout… Il est Kabyle et athée… Mais juste l’envie de foutre son poing dans la gueule du connard pour tous les siens, croyants, que ce mec veut blesser et exclure.

Nono sort son casse-croûte…  Il mord dans son fabuleux sandwich de la boulangerie bio autogérée « la conquête du pain »…  Erreur fatale… il aurait dû choisir le « Emma Goldman »… Saumon, ciboulette, roquette…

Au lieu de ça, il a opté pour le « Malatesta »… Jambon cru, pesto, roquette. Moins cher mais plus dangereux…

Du jambon cru pour Nono, dans un jardin public… Signe extérieur d’apostasie…

À trois, ils lui sont tombés dessus…

Le pire, c’est que c’est encore lui qui a le plus la tête d’un « français issu de l’immigration »…

Des passants, témoins de l’agression, accélèrent le pas et filent persuadés d’avoir assisté à un acte islamophobe… Ashraf Fayad

Le 17 novembre 2015, un tribunal avait condamné à mort, Ashraf Fayad,  un poète, pour apostasie (renoncement à l’islam). Tout récemment, suite à une très forte mobilisation internationale,  sa peine a été commuée le 2 février en huit années de prison et … 800 coups de fouet !