Le bureau de la magie officielle

« Seul l’étang tranquille reflète les étoiles. » Ne cherchez pas un rapport avec ce qui va suivre… J’ai essayé de trouver une pensée chinoise plus appropriée mais…

En France, pays laïque, c’est le ministère de l’intérieur qui est charge des cultes. Au sein de la sous-direction des libertés publiques, le Bureau central des cultes est chargé des relations avec les autorités représentatives des religions présentes en France et de l’application de la loi de 1905 en matière de police des cultes ( La religion n’étant pas seulement une affaire privée mais se pratiquant dans des espaces publics et collectivement, l’État veille à ce que ces pratiques ne remettent pas en cause l’ordre républicain ou qu’elles ne créent pas de troubles à l’ordre public).

En Chine, pays de grande sagesse, le Pouvoir s’est doté d’un pouvoir…. magique. Depuis le 1er septembre 2007, les candidats à la réincarnation doivent obligatoirement faire une demande d’autorisation au département des affaires religieuses de leur province. Sinon, impossible de se réincarner. Ils sont fort ces vieux fossiles de communistes chinois….
Nous, bêtement, on avait cru pendant des siècles que c’était le triangle avec un œil au centre qui donnait le pouvoir à un crétin couronné. Que nenni !
Les autorités chinoises l’ont bien compris : Puisque ce sont les humains qui s’inventent des dieux alors ce sont les humains qui règleront les pouvoirs des dieux. Logique non ?

Revenons à cette histoire de réincarnation…
Devenue interdite sans autorisation, la réincarnation doit rester clandestine. Le brave lama tibétain qui s’apercevrait un jour qu’il était un Tulkou, autrement dit la réincarnation d’un guanaco (1) disparu… sans la permission du Gouvernement… impossible pour lui de frimer ou il serait accusé de recel…
De plus, toujours d’après la loi chinoise en question, seuls les temples du bouddhisme tibétain dument accrédités par les autorités communistes ont le droit de solliciter la reconnaissance d’une réincarnation. Selon l’administration d’État pour les affaires religieuses, il s’agit d’un pas important pour « institutionnaliser la gestion de la réincarnation ».

Pourquoi cette loi pour le moins surprenante ?
Le lama number one, Dalaï de son prénom, vit en exil et commence à accumuler les printemps. Faut commencer à penser à la succession. Et dans la famille Lama, on est chef de réincarnation en réincarnation. Dalaï avait choisi le Panchen Lama, numéro deux dans la hiérarchie du bouddhisme tibétain, qui allait lui succéder. Dalai-lama-retraite_opt

Le seul souci, le Panchen Lama choisi par Dalaï est une réincarnation hors la loi chinoise puisque réalisée hors des temples tibétains labélisés et puis Pékin a d’ailleurs choisi son propre panchen lama … Vous voyez l’embrouille quand Dalaï poussera un dernier    « Je suis malaaade ! » fatal….

Et quand on pense à tous ces lamas tibétains morts qui aimeraient bien se réincarner mais qui ne trouvent pas le bon bureau pour le bon formulaire d’autorisation de réincarnation qu’ils devront aller faire parapher et signer bâtiment F, troisième étage, section Z1 du bureau local des affaires religieuses…

Tout ça parce que le Pouvoir a toujours utilisé les croyances pour poser son cul sur le trône…

1) Espèce de lama sauvage.

« Il est difficile d’attraper un chat noir dans une pièce sombre, surtout lorsqu’il n’y est pas. » Proverbe chinois illustrant assez bien l’inutilité des religions…

Biscotte