Élève Courbet, au tableau (150e anniversaire de la mort de Proudhon)

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Lui, le mec sur la photo, c’est Pierre-Joseph Proudhon qui pose pour la postérité. Ok, ce n’est pas une photo mais une peinture de son ami et admirateur Gustave Courbet. Pourquoi ce portrait de Proudhon, là, maintenant ? Pour signaler que ce 19 janvier est le 150e anniversaire de sa mort ?
Que nenni… C’est pour Courbet ou plutôt pour une de ses œuvres.

bigbang« L’origine du monde ».
Non, ce n’est pas le tableau de Courbet, c’est une autre interprétation de l’origine du Monde…
Revenons au tableau de Courbet. Celui-ci représente une femme dénudée des cuisses à la poitrine. Très réaliste le tableau. Pourquoi ne pas l’avoir exposé ici ? Pudibonderie ? Autocensure ? Jeu ?
Courbet avait un talent certain pour le réalisme ainsi que pour le nu féminin. Khalil-Bey, un diplomate turco-égyptien « bling-bling », connu du Tout-Paris des années 1860, était le propriétaire d’une éblouissante collection, dédiée à la célébration du corps féminin. Pas de la femme mais de son corps.
Ces deux mecs étaient donc faits pour se connaître. Marchandisation de l’Art, marchandisation du corps féminin…
Khalil-Bey, commande une toile érotique de Courbet :

ours_sommeil-1« le sommeil » . Ce n’est pas non plus le tableau de Courbet… Donc, notre amateur de peintures érotiques rechigne à débourser la monstrueuse somme de 20 000 francs demandée par le peintre alors qu’un autre nu de Courbet, « la femme au perroquet » n’est estimé qu’à 6 000 francs. Courbet marchande puis propose, pour le même prix, de joindre un deuxième tableau, « L’origine du monde »… Le tableau en question est certainement la moitié d’un tableau, Courbet gardant le visage de la femme. Khalil-Bey, lui, ce qui l’intéresse, c’est juste la représentation crue, pornographique du sexe d’une femme. Monsieur est atteint de la syphilis, Monsieur ne peut plus avoir de relations sexuelles, Monsieur se contentera de ce « morceau de viande » pour se satisfaire. Tiens, voilà pourquoi, par respect pour les frangines, les tableaux ne sont pas les bons.
Sur cette toile s’exprime toute la charge érotique d’un sexe féminin. Réaliser une telle œuvre à l’époque (1886), c’était s’attirer les foudres de toute la société bien-pensante, c’était un outrage aux bonnes mœurs. On dit que Courbet aurait attendu la mort de Proudhon (19 janvier 1965) pour se lâcher au niveau de l’érotisme, le compagnon Pierre-Joseph étant assez puritain…

Pourquoi parler de cette toile aujourd’hui ? Peut-être à cause de tout ce tumulte autour de Charlie Hebdo, de la liberté d’expression, du blasphème, des personnes pouvant se sentir agressées par tel écrit, telle œuvre.
Des féminismes ont vu dans « l’origine du monde » la reconnaissance de la sexualité féminine. D’autres ont vu un morceau de femme comme si celle-ci n’était qu’un sexe offerte au plaisir du voyeur. Le titre… la femme ne serait qu’une matrice… Deux interprétations diamétralement opposées

L’histoire du tableau est assez édifiante : Le premier acheteur l’avait dissimulé dans sa salle de bains, derrière un rideau vert, couleur de l’islam.
Le tableau, lorsque sera vendu la collection de l’érotomane ottoman, sera dissimulé sous une autre peinture de Courbet, un château au bord d’un lac.

Il sera un jour acheté par le psychanalyste Jacques Lacan. Nous sommes dans les années 50 du siècle dernier. La France, n’est pas très rock ‘n’ roll… jpg_origine_cacheAlors vite, cachons ce sexe que je ne saurais voir sous une autre peinture, terre érotique, vague allusion au tableau dissimulé.

Fallait-il tout ce luxe de clandestinité, de conspiration pour un tableau ? S’il avait été saisi, aurait-il fallu le détruire ? Surement pas. Fallait-il agresser Paul McCarthy pour son plug anal géant, Place Vendôme ? Là où se trouvait la colonne du même nom, abattue entre autres par Courbet…

Un artiste n’a pas de bornes à sa liberté. On ne peut lui répondre qu’en utilisant les mêmes armes que lui.
C’est ce qu’a fait Orlan, une artiste féministe, avec son tableau « l’origine de la guerre » ou elle reprend fidèlement le format, la couleur et les tons de l’œuvre de Courbet. Le drapé est reproduit avec précision et l’image du cadre fidèle à l’original. Une seule différence, le sexe. Ici c’est un sexe masculin en érection. canon-la-valerie-suresnes

Ici non plus ce n’est pas la bonne illustration…

Orlan fait ainsi un pied de nez au tableau de Courbet avec « la Femme, origine de la vie » en nous offrant un tableau avec « l’Homme origine de la Violence… »

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