Devinette : qui a dit ?

« Ce qu’il faut dire aux Algériens, ce n’est pas qu’ils ont besoin de la France, mais que la France a besoin d’eux. C’est qu’ils ne sont pas un fardeau ou que, s’ils le sont pour l’instant, ils seront au contraire la partie dynamique et le sang jeune d’une nation française dans laquelle nous les aurons intégrés. J’affirme que dans la religion musulmane, rien ne s’oppose au point de vue moral à faire du croyant ou du pratiquant musulman un citoyen français complet. Bien au contraire, sur l’essentiel, ses préceptes sont les mêmes que ceux de la religion chrétienne, fondement de la civilisation occidentale. D’autre part, je ne crois pas qu’il existe plus de race algérienne que de race française. (…) Je conclus : offrons aux musulmans d’Algérie l’entrée et l’intégration dans une France dynamique. Au lieu de leur dire, comme nous le faisons maintenant : « Vous nous coûtez très cher, vous êtes un fardeau », disons-leur : « Nous avons besoin de vous. Vous êtes la jeunesse de la nation »

un remarquable discours en faveur de l’intégration …

Ces paroles ont été prononcées à l’Assemblée nationale, le 28 janvier 1958, par Jean-Marie Le Pen.

Situons le gus à cette époque : Ancien étudiant en droit, revenu d’Indochine, il devient député en 1956 avec le soutien de Poujade.

JCMassu-Le_PenEntre 56 et 58, Notre ancien para d’Indochine fait une grosse poussée de testostérone guerrière. Trop calmes, les bancs de l’Assemblée nationale pour ce coq de combat…En septembre 1956, il se retire provisoirement du parlement pour combattre en Algérie où il pourra « questionner » librement. De retour en 57, il laisse tomber Poujade pour devenir illico presto le secrétaire général du Front national combattant (FNC), organisation regroupant des politiques convaincus que l’Algérie doit rester française.

Il soutient alors la candidature d’Hamed Djebbour, de confession musulmane, aux élections législatives partielles de 1958. Étonnant, non ?

Étonnant, comme le texte en tête de cet article. Étonnant mais tout à fait logique…

En 1958, l’Algérie est encore française et doit le rester pour JMLP. Si l’Algérie c’est la France alors les Algériens sont des Français donc logique qu’ils soient intégrés à la population de la métropole.
Intégrés mais à leur place…
En 1955, on dénombre environ 300 000 Algériens vivant en France dont 6 000 femmes et 13 000 enfants. Pour ces « Français issus des colonies » c’est une vie de misère qu’offre la métropole. Autour des villes, les palaces s’appellent bidonvilles. Le terme « bidonville » fut d’abord utilisé à Casablanca à partir de la fin des années 1930, pour nommer les quartiers de baraques construites par des ruraux dans la périphérie de la ville à l’aide de matériaux de récupération, notamment de vieux bidons découpés. Casablanca, le Maroc sous protectorat (dépendance et protection) français depuis 1912.
Ah, les apports des colonies !…
300 000 Algériens en 1955 soit quelques mois après le début du soulèvement algérien. Le nombre va aller en décroissant durant la sale guerre qui se déroule là-bas, au pays…
Dans les bidonvilles – pour Le Pen père – tant que ces « esclaves » seront étiquetés « Français », feront les sales boulots en étant salement payés et en ne revendiquant surtout pas la nationalité algérienne alors ces algériens quoique musulmans symboliseront l’Algérie des colonies, l’Algérie française. L’Algérie française éternelle.

Le 28 janvier 1958, donc, à l’Assemblée nationale, le député d’extrême-droite prenait la défense des bons Algériens fidèle à leur mère patrie gauloise.
Le 13 mars de la même année, le même député d’extrême-droite encourageait quelques 2000 flics (beuglant des cris tels que « Sales Juifs ! À la Seine ! Mort aux fellaghas ! ») à pénétrer dans le Palais Bourbon, siège de la même Assemblée nationale.
Le 14 mars donc le jour d’après… Maurice Papon était nommé préfet de police.

Le 17 octobre 1961, le même Maurice Papon…

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