Contre l’islamophobie contre le racisme une réflexion très intéressante (tirée du blog du groupe Regard Noir)

L’islamophobie est l’hostilité systématique à l’égard des musulmans. Ce n’est pas la « saine critique des religions ». Le terme existe depuis au moins 1910, mais il a surtout connu du succès ces dernières années.

Aujourd’hui, le sens général et honnête qui lui est donné est : « haine ou attitude systématique à l’égard des personnes supposément ou réellement musulmanes ». C’est à peu près la définition donnée par Le Petit Robert, le Conseil de l’Europe et le Collectif contre l’islamophobie en France.

Le terme est aussi dévoyé par différentes personnes. D’une part par fascistes et racistes, qui se cachent derrière une prétendue critique de la religion pour en réalité attaquer les musulmans. D’autre part par des musulmans pour empêcher toute critique de leur religion. L’islamophobie existe et est un racisme différent du racisme anti-Arabe. Rappelons, à toutes fins utiles, que tous les Arabes ne sont pas musulmans – et vice versa – et que les deux premiers pays en nombre de musulmans (l’Indonésie et le Pakistan) ne sont pas des pays arabes. Donc, il existe un racisme spécifique contre les musulmans qui ne vise pas les Arabes et inversement. En effet, il n’y a qu’à voir les déclarations de dirigeants du Front national, par exemple, qui n’ont rien contre les Arabes (du moins c’est ce qu’ils disent), mais qui trouvent que les « prières de rue musulmanes sont une occupation » ou des organisations comme Riposte laïque (qui, malgré son nom, n’est pas laïque, mais ouvertement islamophobe) qui détestent les Blancs convertis à l’islam et adorent les Arabes non musulmans. Ou encore quand tout un tas de groupuscules néofascistes et néonazis organisent des manifestations pour les chrétiens d’Orient, qui ne sont pas blancs pour un sou. À l’inverse, nombre de racistes détestent les Arabes, peu importe leur religion.

Il y a plusieurs raisons qui font que nous devons employer le terme «islamophobie » pour parler du racisme spécifique que subissent les musulmans. Et ce, même si, de prime abord, il peut ne pas sembler très bon.

La première est que c’est le terme qui s’est imposé parmi les musulmans eux-mêmes pour parler du racisme spécifique qu’ils subissent. Et, si nous sommes du côté des opprimés, alors nous devons employer leur vocabulaire.

Par exemple, le terme « antisémitisme » n’est pas juste au sens strict non plus (vu que tous les sémites ne sont pas juifs et que tous les juifs ne sont pas sémites), mais c’est le terme qui s’est imposé et qui est utilisé par l’immense majorité des juifs pour parler du racisme spécifique qu’ils subissent. En outre, ce n’est pas parce que ce terme est galvaudé et manipulé qu’il ne faut plus l’employer. Pour revenir sur l’exemple des juifs, nombre de défenseurs de l’État d’Israël assimilent toute critique de sa politique à de l’antisémitisme, pour autant nous ne devons pas cesser d’employer le terme antisémitisme et combattre les amalgames.

Ensuite, cette « phobie » existe vraiment, quand on se balade sur le site de Riposte laïque, on voit bien qu’on a affaire à quelque chose qui relève plus de la pathologie, de la peur irrationnelle que de l’opinion politique.

Enfin, il faut faire attention à notre façon de traiter la religion musulmane. Il serait stupide, ou malhonnête, de ne pas voir que l’islam n’a pas la même place dans la société française que le christianisme, par exemple.

Et qu’une critique envers une religion n’a pas le même sens ni les mêmes effets quand elle émane d’un (ex ou non) membre de cette religion (ou assimilé comme tel) que de quelqu’un ouvertement extérieur. Ce serait une grande victoire des islamophobes que de voir que nous sommes tombés dans leur piège. En effet, depuis quelque temps, les islamophobes de différentes chapelles tentent de dissimuler le fait qu’ils ne sont ni plus ni moins que des racistes et font passer leur haine pour des idées progressistes, comme le féminisme ou la laïcité. Ce serait leur faire trop plaisir que de tomber dans leur piège grossier. Nous savons que les Le Pen, identitaires et compagnie n’ont rien à foutre des droits des femmes et que leur laïcité est très chrétienne. Nous sommes anarchistes et révolutionnaires, nous serons toujours du côté des opprimés. Pour paraphraser Malatesta, nous, anarchistes, ne voulons pas émanciper les opprimés, nous voulons que les opprimés se libèrent eux-mêmes.

Bali

Groupe Regard noir de la FA