C’est pour ton bien

Chronique publiée le 2 mars sur monde-libertaire.net

radeau

Quelques secondes après la sortie de l’artiste, c’est qui la sadique qui m’a foutu cette grande claque sur mon petit cul nu tout plissé ? Tout ça parce que je fermais ma p’tite bouche de futur téteur…
« C’est pour ton bien ! »
On continue dans l’horreur… Pas encore eu le temps de gazouiller dans les bras du father que v’là surement la même tortionnaire qui me fout des saletés de gouttes dans les yeux.
« C’est pour ton bien ! »
Rien à redire sur le lait maternel mais après… Les épinards, « C’est pour ton bien ! » on les croyait bourrés de ferraille… La cervelle de veau, « C’est pour ton bien ! » mais ça dopait pas le QI… La cuillère d’huile de foie de morue, « C’est pour ton bien ! » qu’il fallait avaler sans gerber sur la main qui jouait à la gaveuse de mômes…

Passage par la case « école » avec tous ces « C’est pour ton bien ! » à apprendre par cœur… La Loire a été sacrée empereur en l’an 800 au Mont Gerbier des Joncs par Jules César, Marius et Fanny…
Et puis tous ces vaccins « C’est pour ton bien ! » qu’on m’a planté dans le bras, les fesses sans me demander mon avis. Et ces lavements restés dans les annales… « C’est pour ton bien ! » et puis si ça fait pas de bien, ça peut pas faire de mal…

Et ce mec déguisé qui voulait me pousser dans la bouche cette rondelle de pain azyme. « Courbe l’échine, à genoux, flagelle-toi, crois au grand vide et avale… C’est pour ton bien ! »

Et ce mec enroulé dans son ruban d’emballage tricolore, fier comme un verrat primé au salon de l’agriculture, qui décide que cette cabane doit être démolie parce que pas assez confortable… « C’est pour ton bien ! »
Et ce mec payé pour me piquer mon fric, tout ça parce que où c’est que j’ai vu que j’avais le droit de jouer avec ma vie et donc… la ceinture de sécurité « C’est pour ton bien ! » Ok, je ferme ma gueule et je la boucle…

Et ces mômes qui ne pourront pas rejoindre leur père en France parce qu’une travailleuse sociale envoyée par la Préfecture du coin aura décidé que la chambre prévue était trop petite… « C’est pour leur bien ! » même si toute une flopée de familles françaises s’entasse dans des logements plus petits sans que personne n’y trouve à redire.
Et ces routards à qui une meute de gens bien-pensants et bien posés souhaiterait couper les ailes pour les sédentariser « C’est pour leur bien ! »
Et tous ces pauvres bougres qu’on expulse de leur camp de misère, qu’on disperse pour mieux contrôler… « C’est pour leur bien ! »

Et cette retraite qui fuit quand je m’en approche… « C’est pour ton bien ! » Et ces dimanches de magasins ouverts… « C’est pour le bien des salarié-e-s ! » Et ces horaires no limit… « C’est pour ton bien ! » Et ce régime draconien sur les indemnités en cas de licenciement abusif… « C’est pour ton bien ! »

Alors voilà, maintenant j’en ai juste marre qu’on décide ce qui est bien pour moi… Trop con pour me prendre en main ?… Surement. Alors, les Maîtres des « C’est pour ton bien ! » ont longtemps voulu penser à ma place et ils continuent. Jusqu’à maintenant. Parce que… Stop ! Le Pinocchio, il a coupé ses cordes. Merci les Geppettos mais je vais me passer de vous.

Toi, c’est pas la peine de sortir ton mobile de malheur pour appeler au secours, y a pas de réseau… tu te croyais où ? Tous ces pauvres bougres qu’on expulse de leur camp de misère, qu’on disperse pour mieux contrôler… Expulsés par qui ? Si ce n’est toi, c’est donc ton frère ! Tu n’en as pas ? C’est donc quelqu’un des tiens… Car vous ne nous épargnez guère, vous, vos bergers et vos chiens… T’as vu je me souviens encore de cette fable copiée cinq fois « C’est pour ton bien ! » parce que je n’avais pas été foutu de l’apprendre dans les temps… Dans les temps… Dans l’étang… Je me trouve d’humeur badine à l’instant présent… Ce n’est pas un étang… C’est la haute mer.
Alors vous allez tous descendre dans ces deux canots de survie… Toi, le premier de la classe, c’est pas la peine de monter en température, y a plus les caméras… Alors vas-y, à toi l’honneur. Ça peut tenir combien de temps, une bande de Geppettos, avant de s’entretuer ? Y aura bien un petit 49/3 pour vous sauver la mise…

Faites-vous oublier… « C’est pour votre bien ! »

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