Archives de catégorie : petite bibliothèque de textes

Tranche de Vian

Elle serait là, si lourde

locomotiveElle serait là, si lourde avec son ventre de fer et ses volants de laiton, ses tubes d’eau et de fièvre. Elle courrait sur ses rails comme la mort à la guerre, comme l’ombre dans les yeux. Il y a tant de travail, tant et tant de coups de lime, tant de peine et de douleurs, tant de colère et d’ardeur et il y a tant d’années, tant de visions entassées, de volonté ramassée, de blessures et d’orgueils.
Métal arraché au sol, martyrisé par la flamme, plié, tourmenté, crevé, tordu en forme de rêve… Il y a la sueur des âges enfermée dans cette cage, dix et cent mille ans d’attente et de gaucherie vaincue.

S’il restait un oiseau et une locomotive et moi seul dans le désert avec l’oiseau et le chose. Et si l’on disait : « choisis… » Que ferais-je, que ferais-je ?

gobe-mouchesIl aurait un bec menu comme il sied aux conirostres, deux boutons brillants aux yeux, un petit ventre dodu. Je le tiendrais dans ma main et son cœur battrait si vite… Tout autour, la fin du monde en deux cent douze épisodes…
Il aurait des plumes grises, un peu de rouille au bréchet et ses fines pattes sèches, aiguilles gainées de peau…

« Allons, que garderez vous ? Car il faut que tout périsse mais pour vos loyaux services, on vous laisse conserver un unique échantillon. Comotive ou zoizillon ? »

Tout reprendre à son début, tous ces lourds secrets perdus, toute science abattue si je laisse la machine..

Mais ses plumes sont si fines et son cœur battrait si vite que je garderais l’oiseau.

Boris Vian

Israël contre les Juifs (Pierre Stambul)

Israël contre les Juifs

C’est un refrain bien établi. Vous critiquez Israël et le sionisme ? Vous êtes antisémite ! Un Juif français veut pouvoir « vivre son judaïsme » ? On l’invite à faire son « alyah » et à apporter sa pierre à la colonisation de la Palestine.
On essaie de nous marteler que l’histoire des Juifs s’est achevée et qu’Israël en est l’aboutissement. Israël fonctionne comme un effaceur de l’histoire, de la mémoire, des langues, des traditions et des identités juives. La politique israélienne n’est pas seulement criminelle contre le peuple palestinien. Elle se prétend l’héritière de l’histoire juive alors qu’elle la travestit et la trahit. Elle met sciemment en danger les Juifs, où qu’ils se trouvent. Et elle les transforme en robots sommés de justifier l’injustifiable. Continuer la lecture

Soutenir le peuple palestinien (Pierre Stambul)

Soutenir le peuple palestinien

Il est difficile de ne pas commencer par l’actualité. Dans la guerre qui oppose le gouvernement et l’armée israélienne au peuple palestinien, il y a un occupant et un occupé. Il y a un peuple qui compte ses morts par milliers, qui subit tous les jours les pires humiliations, à qui on vole la terre et l’eau, dont on détruit les maisons et les infrastructures. Et il y a les colons, fanatisés et surarmés dont la présence est la cause principale de la guerre. Il y a des Palestiniens qui ont fait une concession majeure : limiter leur futur état aux territoires occupés en 1967 soit 22% de la Palestine historique. Et il y a une classe politique israélienne qui reste autiste. La droite rêve toujours d’Israël du Nil à l’Euphrate et d’une expulsion massive des «Arabes». quant à la prétendue gauche, elle n’a jamais imaginé autre chose pour les Palestiniens qu’un «bantoustan». Et elle n’a jamais cessé la colonisation.

Je n’idéalise pas la société palestinienne qui a aussi ses intégristes ou ses racistes. Mais le peuple palestinien n’a qu’un seul choix : résister malgré les massacres et les humiliations. Il a besoin de notre soutien total. Continuer la lecture

« Lettre aux anarchistes » un texte de Jean-Louis Phan-Van

Pouvons-nous ne pas percevoir ni craindre l’avenir qui semble se dessiner, non plus à long mais à court terme, sans pour autant céder aux sirènes du catastrophisme ?
Pourtant, c’est le pire qui s’annonce à la fois imperceptiblement et parfois avec éclat.
Le réchauffement climatique est déjà à l’œuvre et ne peut plus être contesté. D’autres désastres écologiques silencieux, visibles ou pas, s’accumulent au fil des informations qu’on obtient.
Je ne rappellerai donc pas ici tous les méfaits du capitalisme dans sa destruction presque systématique de la nature et ce, au niveau mondial qui ne lui laisse aucune terre lui échapper !
Dans ce constat édifiant et lucide qui pourrait encore nier la question écologique puisque c’est l’avenir même de l’humanité qui est posé ?
Si par le passé, le mouvement anarchiste s’est difficilement relevé des barbaries du 20e siècle exercées par le fascisme brun ou rouge, avec cette question, il s’agit d’un défi autrement plus capital quant aux conséquences qu’elle pourrait produire. Continuer la lecture

19 janvier 2015 : 150e anniversaire de la mort de Pierre-Joseph Proudhon

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Être gouverné, c’est être gardé à vue, inspecté, espionné, dirigé, légiféré, réglementé, parqué, endoctriné, contrôlé, estimé, apprécié, censuré, commandé, par des êtres qui n’ont ni le titre, ni la science, ni la vertu…

Être gouverné, c’est être à chaque opération, à chaque transaction, à chaque mouvement, noté, enregistré, recensé, tarifé, timbré, toisé, coté, cotisé, patenté, licencié, autorisé, apostillé, admonesté, empêché, réformé, redressé, corrigé. C’est, sous prétexte d’utilité publique, et au nom de l’intérêt général, être mis à contribution, exercé, rançonné, exploité, monopolisé, concussionné. pressuré, mystifié, volé ; puis, à la moindre résistance, au premier mot de plainte, réprimé, amendé, vilipendé, vexé, traqué, houspillé, assommé, désarmé, garrotté, emprisonné, fusillé, mitraillé, jugé, condamné, déporté, sacrifié, vendu, trahi, et pour comble, joué, berné, outragé, déshonoré. Voilà le gouvernement, voilà sa justice, voilà sa morale !

J.P. PROUDHON (Idée générale de la Révolution au XIXe siècle).

La prise au tas (Sébastien Faure)

   sebastien_faureCette expression, « la prise au tas », appartient au vocabulaire révolutionnaire et, plus par­ticulièrement, anarchiste. Il faut entendre par là l’action de puiser librement, en dehors de toute réglementation, dans l’ensemble des produits obtenus par le travail de tous. C’est la faculté laissée à chacun de se procurer tout ce dont il a besoin, sans qu’il en soit matériellement empêché par autre chose que par l’absence ou l’insuffisance des ressources et produits qu’il désire. C’est, pour tout dire, la consommation libre. Continuer la lecture