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Communiqué 76e congrès de la Fédération anarchiste des 11 et 12 novembre 2017

http://www.federation-anarchiste.org/
ifa@federation-anarchiste.org

La Fédération anarchiste, réunie en son 76e congrès à Paris les 11 et12 novembre 2017, a débattu de la situation politique et sociale et des enjeux de la lutte des classes.

L’État « macroniste » se radicalise et accélère le programme capitaliste mené par Gattaz, l’OCDE, le FMI et consorts, dans la continuité des gouvernements précédents.
Le capitalisme ne connaît pas de frontières et la lutte pour l’émancipation doit également s’affranchir des États et étendre le combat révolutionnaire à l’échelle mondiale. C’est pourquoi nous développons l’Internationale des Fédérations anarchistes.
Le mouvement social et syndical peine à construire un rapport de forces et la convergence des luttes.
La stratégie de mobilisation dans la rue ne remplace pas le blocage économique. Seule la grève générale reconductible peut menacer les profits et ouvrir ainsi une perspective révolutionnaire.
La Fédération anarchiste est engagée dans ce mouvement social et syndical qui doit assumer et affirmer sa légitimité politique et opposer un projet de société en rupture avec le modèle capitaliste et du chacun-pour-soi qu’on nous impose.
La Fédération anarchiste participera de toutes ses forces au mouvement social et s’opposera à toute tentative de tutelle politique y compris celle de Mélenchon qui crée la division en portant la lutte sur le terrain parlementaire.
Notre rôle est de préserver le mouvement social de toute contamination politicienne et électorale.

La Charte d’Amiens demeure pertinente aujourd’hui ; malgré ses imperfections et ses limites, elle reste à nos yeux un outil nécessaire affirmant les principes de l’action syndicale :
♦ L’amélioration continue et immédiate des conditions de travail et la transformation sociale ;
♦ L’indépendance par rapport aux partis et à l’État ;
♦ La construction de la grève générale expropriatrice et autogestionnaire qui abolira le salariat.
Notre mouvement doit également diffuser des pratiques d’auto-organisation et d’action directe. La propagande par l’exemple et les alternatives en actes sont à même de développer des pratiques en rupture avec le consumérisme et la délégation.
Les religions ont toujours été l’outil des puissants, du patriarcat et du militarisme. Au côté du Capital, elles incitent à la résignation et à l’ignorance. La Fédération anarchiste revendique haut et fort « Ni dieu ni maître ». L’émancipation de l’humanité nécessite une lutte radicale et définitive en rupture avec l’idée de dieu.
La Fédération anarchiste appelle les individus et les groupes attachés à l’émancipation sociale à s’organiser et à œuvrer pour une société fédéraliste libertaire et autogestionnaire, pour un monde débarrassé des classes, des religions et des États et toutes les dominations.

Paris, le 12 novembre 2017

11 novembre 2017, intervention à Joyeuse « des tas d’urgences »

Bonjour à toutes et tous et réciproquement,

Sur les monuments aux morts, Il n’y a toujours pas le nom des victimes civiles de toutes ces boucheries. Les civils ne comptent pas, les civils subissent, les civils meurent dans l’oubli.

Les monuments aux morts ne portent pas le nom des pauvres bougres assassinés par la justice militaire. 953 soldats français fusillés entre 1914 et 1918, dont 639 pour désobéissance militaire, 140 pour des faits de droit commun, 127 pour espionnage et 47 pour motifs inconnus. 953 assassinats légaux, 639 pour l’exemple. 639 jugements au nom de lois qui n’apportèrent que du sang et des larmes. Il est toujours des crapules pour légaliser des crimes. Des lois pour justifier l’injuste.

Il est une loi, un décret qui amène le sourire : Un décret du 11 Novembre 1917 prévoyait que les voyageurs ne pouvaient pas, ouvrez les guillemets, « descendre lorsque le train est complètement arrêté. »

Il est une autre loi qui fait beaucoup moins sourire : 11 octobre 2017, il y a exactement un mois, l’Assemblée nationale adoptait la fin du régime d’exception de l’état d’urgence et le passage dans le droit commun des mesures liberticides et autoritaires contenues dans ce dernier. Bonjour la loi renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme.

Exit, donc l’état d’urgence ? Surement pas…

Il y en a des tas d’urgence :

Urgence de faire cesser toutes ces guerres néocoloniales, urgence de rapatrier tous les soldats et de leur faire suivre un programme de déradicalisation militaire.

Urgence de renverser tous les trônes, tous les palais, tous ces lieux de pouvoir où sont décidés et planifiés les massacres.

Urgence de désacraliser toutes les religions, de démystifier tous les religieux de toutes ces escroqueries mentales. Ces religieux qui ont si souvent été à l’origine ou à l’acceptation des massacres. Urgence de leur faire suivre un programme de déradicalisation missionnaire.

Urgence d’ouvrir toutes les frontières pour qu’on respire enfin. La liberté des peuples ne passe pas par l’érection de nouvelles murailles. Combien de tonnes de chair à canon au nom d’une sacro-sainte frontière ?

Urgence d’ouvrir notre solidarité aux réfugiés.

Urgence d’éradiquer la peste brune de la rance aux rancis.

Urgence de mettre à bas le dieu capitalisme, les temples financiers qui inspirent, provoquent financent l’envoi de soudards quand il faut sauver le soldat Pactole. Urgence de démonétiser tous les traders et de leur faire suivre un programme de déradicalisation boursière.

Urgence de sortir du salariat, cette addiction mortifère qui pousse des pauvres bougres à fabriquer de quoi tuer, estropier, enfermer, asservir d’autres pauvres bougres au nom du petit rien qu’un bourge aura jeté dans leur gamelle.

Urgence de nous arracher de notre servitude volontaire.

Il y en a des tas d’urgence :

Urgence de désamorcer le nucléaire, de démanteler les centrales à retardement et de – puisqu’il nous faudra bien faire avec – nous débrouiller avec toutes ces tonnes de tartes à la crème irradiées qu’il va falloir gérer.

Il y en a des tas d’urgence :

Urgence de nous débarrasser du patriarcat et de toutes ses conséquences.

Urgence de vivre, de respirer, de rire, de partager, de rêver. Urgence d’inventer des futurs vivables.

Urgence de forger des utopies belles comme des sourires de mômes.

Il y en a des tas d’urgence tout simplement parce qu’il y a urgence.

Ça urge sur ce bout de terre.

Alors, plus que jamais, ni dieu ni maître !

le 10 novembre au Laboratoire anarchiste (Valence)

Le laboratoire anarchiste de Valence accueille une initiative :

Étais d’Émancipation
présente
Vendredi 10 novembre à 19 heures.
Au Laboratoire anarchiste
8 pl. S.Jean 26000 Valence

La Fontaine Encyclopédique du Maquis, Muse d’Émancipation, un centre
documentaire anti autoritaire en milieu paysan.
« Auberge espagnole » où nous partagerons ce que les unes et les autres auront
bien voulu apporter pour bouches et gosiers.

Présentation du projet, discussion et projection en 16 mm argentique d’un
documentaire sur une famille de paysans du Haut Doubs, qui en 1968 se trouve confrontée au démantèlement agro-industriel du monde.

La librairie nomade, qui accompagne le projet, proposera quelques ouvrages sur la table de presse.

Le projet en question…  Y a qu’à ouvrir

Les anars brésiliens en proie à la répression.

BRÉSIL : Le VIIIe salon du livre anarchiste de Porto Alegre annulé !

Nous informons les camarades de l’IFA qu’une opération de police a eu lieu à Rio Grande du Sud contre les groupes avec lesquels l’Initiative anarchiste fédéraliste au Brésil a des relations. L’opération de police visait à arrêter les anarchistes et à s’emparer de l’équipement et les matériaux

Hier matin (25/10), la « Polícia Civil Gaúcha » a réalisé à Porto Alegre et dans la région métropolitaine une douzaine de perquisition et a appréhendé dans les espaces libertaires et les habitations des individus qui avaient été identifiés comme des anarchistes. Les perquisitions font partie d’une enquête qui est en cours depuis plus d’un an. Nous pensons que ce n’est pas une coïncidence si cette action de la police est déclenchée seulement deux jours avant le 8 e Salon du livre anarchiste de Porto Alegre. En raison de ce contexte de répression et de persécution des groupes et individus anarchistes nous avons décidé d’annuler le Salon du livre anarchiste de Porto Alegre cette année.  Nous disparaissons sous les radars, seulement pour réapparaître dans un autre point sans cesser de construire des espaces et des moments de liberté. La carte n’est pas le territoire, et pour cela l’État et le capital sont myopes.

Cela ne nous surprend pas que la police lance une campagne qui frappe l’association sans preuve. C’est le rôle de la police d’incriminer et de fabriquer des preuves. La « preuve du crime » se trouve dans les titres, les livres anarchistes, les drapeaux et les affiches anarchistes. Il est évident que toute expression qui ne se soumet pas à l’État sera criminalisée et qu’il n’y a pas de liberté dans la démocratie et le système capitalistes. En fait, cette liberté n’a jamais existé sous aucun gouvernement, sauf comme une simple illusion qui se dissipe dès que cela ne convient pas aux intérêts du capital. C’est ce qui se passe maintenant dans un certain nombre de pays, avec l’augmentation de la répression, du fascisme, de la xénophobie.

À cause de tout cela, nous considérons que, pour l’instant, il vaut mieux nous réorganiser sur un autre point, loin des projecteurs. C’est une décision qui nous fait beaucoup souffrir.
Encore plus après l’effort et le soin que nous avons mis à l’organisation de cet événement, de toutes les propositions d’activités qui venaient de près et de loin, des personnes qui s’étaient déplacées ici et aussi pour ce qui aurait été pour la huitième année consécutive la fête du livre anarchiste dans la ville.

Nous savons que ces attaques partent de ce qu’il y a de pire chez nos adversaires. Cela prend des formes différentes, mais cela fait partie de la même série que nous pouvons reconnaître dans d’autres sphères. Dans d’autres cas, ils prennent prétexte d’un discours moral pour faire de la censure, comme dans l’exposition du Queer Museum ; de prétextes techniques pour maintenir les inégalités, telles que le mensonge selon lequel « l’économie se porte bien », tandis que la misère ne fait qu’augmenter.

Ils ont recours à la violence physique pour chercher à maintenir le contrôle sur les esprits et les corps des personnes qu’ils veulent dominer. Soyons solidaires envers ceux et celles qui souffrent de la criminalisation. De l’Italie à l’Argentine, des États-Unis à la Russie, notre lutte est la même.

Nous ne nous rendrons pas et nous ne perdrons pas notre ardent désir de liberté!

Initiative anarchiste fédéraliste au Brésil

29/10/2017

 

Pour plus d’informations, lire:
* La police envahit les résidences anarchistes et les espaces à la veille du Salon du livre anarchiste de Porto Alegre [1]
https://noticiasanarquistas.noblogs.org/post/2017/10/25/policia-invade-residencias-e-espacos-de-anarquistas-na-vespera-da-feira-do-livro-anarquista-de-porto-
alegre-rs/
* Note de solidarité du Centre de Culture Libertaire de Azenha [2]
https://noticiasanarquistas.noblogs.org/post/2017/10/26/porto-alegre-rs-centro-de-cultura-libertaria-da-azenha-emite-nota-de-solidariedade-aos-perseguidos-e-
perseguidas-pelas-forcas-repressivas-do-estado-gaucho/
* Note de la Fédération Anarchiste Gaucho sur la répression [3]

[Porto Alegre-RS] Quarta investida repressiva sobre a FAG em menos de 10 anos

Communiqué commun de la CNT, de la CGT et de Solidaridad obrera sur la situation en Catalogne

Les organisations signataires, agissant sur le territoire national, partagent une même inquiétude quant à la situation en Catalogne, la répression opérée par l’État, la perte de droits et de libertés que cela suppose et va supposer, et la montée d’un nationalisme rance qui apparaît à nouveau dans une grande partie de l’État.

Nous défendons l’émancipation, en Catalogne et dans le monde entier, de toutes les personnes qui travaillent. Dans ce contexte, peut-être est-il nécessaire de rappeler que nous ne comprenons pas le droit à l’autodétermination comme l’entendent les partis et les organisations nationalistes, mais comme le droit à l’autogestion, pour notre classe, sur un territoire déterminé.

Comprise de cette manière, l’autodétermination passe davantage par le contrôle de la production et de la consommation par les travailleurs et les travailleuses, et par une démocratie directe de bas en haut, organisée selon les principes fédéralistes, que par l’établissement d’une nouvelle frontière ou la création d’un nouvel État.

En tant qu’internationalistes, nous pensons que la solidarité entre travailleurs ne doit pas être limitée aux frontières d’un État, raison pour laquelle il nous importe peu de savoir où ces frontières se situent. Ce qui nous paraît vraiment préoccupant, c’est la réaction vécue dans le reste de l’État, avec l’exaltation d’un « espagnolisme » rance, qui rappelle des temps passés, encouragé par les médias et en phase avec la dérive autoritaire du gouvernement, patente depuis l’emprisonnement de personnes ayant appelé à des actes de désobéissance ou avec l’application de l’article 155 de la Constitution. Il ne nous échappe pas que cette poussée nationaliste pose les bases pour de prochaines limitations de droits et de libertés, contre lesquelles nous devons nous prémunir. La honteuse unité des prétendues « forces démocratiques » dans la justification de la répression annonce un sombre panorama pour toutes les futures dissidences. Il semblerait que le régime post-franquiste qui nous gouverne depuis quarante ans resserre les rangs pour assurer sa continuité.
Ce régime, qui a existé et qui existe encore, tant en Catalogne que dans le reste de l’État espagnol, sent que sa propre survie est en jeu. Grandement remis en question et soumis à une profonde crise de légitimité, il observe avec inquiétude l’accumulation des fronts de lutte ouverts. La menace sur l’intégrité territoriale de l’État s’ajoute aux scandales de corruption, au discrédit de la monarchie, à la remise en question des restrictions appliquées à la population, au mécontentement dû à l’esclavagisme au travail qu’ont entraîné les dernières réformes, l’allongement de l’âge du départ à la retraite, la baisse du montant des pensions, etc. Les appels constants à défendre la Constitution doivent être compris comme une alerte pour mettre fin à cette véritable crise existentielle qui tenaille cet Etat. Le danger est que dans ce processus les comportements répressifs comme ceux auxquels on a assisté récemment dans plusieurs villes catalanes deviennent la norme. Ou pire.

Nous ne savons évidemment pas quel sens vont prendre les événements. Nos organisations resteront attentives à ce qui se passe, prêtes à défendre les intérêts des travailleurs. Nous nous opposerons de toutes nos forces à la répression et à la normalisation des comportements ultradroitiers, qui déjà se perçoivent. Nous ne nous laisserons évidemment pas non plus manipuler par les stratégies des partis politiques dont les objectifs nous sont étrangers. Dans le même temps, nous ne cesserons d’appuyer les mobilisations de la classe ouvrière quand celle-ci décidera que le moment est enfin venu de se défaire du diktat des élites politiques et économiques qui depuis trop longtemps gèrent le contrôle du territoire pour servir exclusivement leurs propres intérêts. En tant qu’organisations syndicales de classe, libertaires et combatives, nous serons présents dans la rue, dans les mobilisations, comme nous l’avons montré en de nombreuses occasions, contre la répression, les restrictions des droits et des libertés, et contre la corruption.

Il est possible que la crise en Catalogne soit le coup de grâce pour un modèle d’État qui agonise. Que ce changement s’oriente dans un sens ou dans un autre dépendra de notre capacité, en tant que classe, à faire prendre à ce processus la direction opposée à la répression et à l’essor des nationalismes. Ayons confiance en l’obtention d’un résultat final qui aille vers plus de libertés et de droits, et non le contraire. Nous jouons gros.

Pour les droits et les libertés ! Contre la répression des classes laborieuses !

Confederación general del trabajo, Solidaridad obrera,
Confederación nacional del trabajo.
(Traduction : Floréal Melgar)

État des lieux d’un cri de détresse

Claire du groupe anarchiste Salvador-Segui nous livre un texte qui ne peut que nous faire réfléchir. Merci à elle.

État des lieux d’un cri de détresse

Il y a des textes plus difficiles que d’autres à écrire parce qu’ils touchent au vécu et à la sensibilité et parce que tout semble déjà avoir été écrit sur le sujet. Le sexisme est vieux comme ce monde, tellement intégré qu’il est oublié et accepté comme une composante naturelle de notre quotidien. L’écrasante majorité des hommes et des femmes n’a pas conscience aujourd’hui que notre société est fondée sur la domination masculine, et il faut être féministe pour le dénoncer. Pourtant, les exemples publics de « rebellions » se multiplient ces derniers temps, provoquant quelques vagues.

L’année dernière, en octobre, dans une émission, un chroniqueur embrasse une femme sur la poitrine, ce qui jette un premier pavé dans la mare. L’agresseur est crucifié sur la place médiatique. Ce scandale, même s’il ne délit pas tant que ça les langues, a le mérite de rappeler la définition d’une agression sexuelle et l’importance de cette limite que la loi appelle « le consentement ». À l’heure des pétitions sur Internet, certaines causes font également parler d’elles, comme celle « Je suis Anna » lancée en avril 2017 qui comptabilise plus de 164 000 signatures et qui alerte sur la lenteur et l’incompétence de la justice.

Mais il y a eu peu de résultats concrets face à ces sursauts de lucidité. La limite du consentement a été déclarée par l’opinion publique très simple à comprendre et, pourtant, cette limite importante n’a pas tardé à montrer des signes de faiblesse au niveau des institutions quand Sarah, 11 ans, a été déclarée par le parquet consentante à un acte sexuel avec un homme de 28 ans. Rageant. À la RATP, le service de communication affiche en grand format des statistiques affligeantes, mais, dans le fond, rien ne change vraiment, car l’imaginaire collectif reste dans les limites et les clichés du harcèlement de rue : « Quand la victime est malchanceuse et l’agresseur un jeune des banlieues. » Frustrant.

Aujourd’hui, en France, c’est une femme sur dix qui a été violée ou qui le sera au cours de sa vie et 57 % des viols ont lieu lorsque la victime est mineure. En France, une femme sur cinq, un homme sur quatorze est victime de violences sexuelles et 94 % des agresseurs sont des proches. Oui, mais la loi du silence règne toujours et peu de victimes portent plainte. Il est primordial de se demander pourquoi.

La première raison semble psychologique. La majorité des agressions sexuelles sont sournoises et l’agresseur bénéfice d’un climat de sexisme ordinaire. La victime finit par douter du bien fondé de son malaise, se replie sur soi et relativise elle même les faits alors que les conséquences psychologiques restent. Pour les viols, la médecine parle de déni post-traumatique, un mécanisme de défense de l’esprit face à la violence et à ses conséquences. Dans le cas des viols sur mineurs, les pédophiles manipulent les enfants, empêchant la dénonciation immédiate. De plus, de nombreuses personnes n’arrivent pas à assumer le statut de victime, préférant psychologiquement porter une part de responsabilité. La responsabilité limite le sentiment de honte et donne l’impression de maitriser la situation.

Au-delà des difficultés psychologiques pour une personne d’accepter de raconter ce qu’elle a vécu et de faire face à tous les sentiments en découlant, il y a aussi un manque de formation des personnes chargées de recueillir la parole des victimes pour lui donner une valeur juridique. C’est toute la chaîne de l’administration qui est concernée.

Au tout début de la chaine, il y a les policiers mais ils sont peu formés sur l’aspect émotionnel du sujet et se font bien souvent les défenseurs du système patriarcal et machiste alors qu’ils sont les premiers interlocuteurs. Beaucoup d’entre eux, à défaut de vouloir réagir ou de savoir comment réagir, se retranchent derrière le masque du fonctionnaire de police, ne demandant que des faits pour ne pas se laisser déstabiliser, voire dénigrent ou disqualifient les expériences traumatiques vécues. Le dépôt de plainte devient doublement douloureux pour la victime, qui ne se sent ni entendue ni comprise. Une personne formée à écouter la victime au sein du commissariat devrait être systématiquement proposée au préalable du dépôt de plainte. Cet épisode passé, la justice est ensuite trop lente à réagir, le fardeau devenant bien lourd à porter pour les victimes obligées de « relancer l’administration pour faire avancer leur dossier ». Le cas d’Anna, loin d’être unique, en est une parfaite illustration.

Et voilà que la semaine dernière un raz de marée secoue le cercle très fermé des stars, entraînant dans son sillage le monde de M. et Mme Tout-le-Monde. Il aura fallu que le scandale éclate dans la sphère très paillettes d’Hollywood pour que des milliers de victimes osent dire « moi aussi », mais sur Twitter. La puissance des réseaux sociaux faisant le reste, des milliers de personnes dénoncent le harcèlement et les agressions sexuelles dont elles ont été victimes via l’hashtag #MoiAussi, tandis que le #BalanceTonPorc, plus axé sur le harcèlement au travail, rassemble en moins de quarante-huit heures plus de 160 000 témoignages. La prise de conscience est violente.

D’un côté, la diversité des victimes est tellement importante qu’elle ne permet plus de cantonner les violences à une « typologie » de personne qui l’aurait bien cherché. De l’autre côté, la diversité des témoignages montre également que les agresseurs appartiennent à toutes les classes sociales (empêchant ainsi toutes récupérations politiques nauséabondes), l’harceleur étant le plus souvent dans une position hiérarchique supérieure. Le phénomène va au-delà des origines sociales ou culturelles et il touche toutes les catégories socio-professionnelles…

La vérité crue apparaît : le harcèlement sexuel existe encore, car il est non seulement rarement condamné par les tribunaux, mais aussi et surtout parce qu’il est socialement accepté dans tous les milieux (donc peu dénoncé), ce qui ne l’empêche pas de créer souffrance, humiliation et perte de confiance en soi chez les victimes, dans l’indifférence générale.

Le malaise créé par cette vérité entraîne invariablement les mêmes mécanismes de défense : il y a des mecs bien, il faut arrêter les généralisations. Mais pourquoi les victimes ne portent-elles pas plainte ? On ne va pas crier au harcèlement dès qu’un mec fait un clin d’œil à une femme dans un bureau. Dans notre métier, ça a toujours été comme ça, ça ne veut pas dire qu’on ne vous respecte pas. Etc.

Qui reporte encore et toujours la faute sur les victimes ? Celles et ceux qui refusent de faire porter à la société et aux classes sociales plus aisées le fardeau de la culpabilité. Ceux qui ne veulent pas perdre leurs privilèges et qui tentent d’endiguer le flot avant qu’on doive collectivement remettre en question ce vieux patriarcat.

C’est pourquoi il est effectivement primordial que ce cri de détresse dépasse la sphère médiatique, qu’il sorte des réseaux sociaux pour s’ancrer dans notre quotidien afin de ne pas se diluer comme tous les effets de mode.

Alors, que devons-nous faire effectivement dans le réel ?

Face à ce cri de colère exprimé par tant de voix différentes, le gouvernement a décidé d’ouvrir une consultation en vue de présenter au Parlement un projet de loi contre les violences sexistes et sexuelles en 2018. Bel effort qui devrait contenter l’opinion générale, mais largement insuffisant pour avoir un véritable effet. Au-delà des problèmes de prise en charge des plaintes, car il est primordial de recréer un climat de confiance et d’écoute pour que les victimes puissent dénoncer les violences subies si ils ou elles le souhaitent, les lois encadrant les violences sexuelles existent déjà, elles ne sont pas appliquées. On estime que seulement 17 % des viols sont déclarés et sur l’ensemble des viols déclarés seulement 18 % des agresseurs sont condamnés aux assises. Peu efficace… En effet, on ne s’attaque pas à un problème de société en faisant des lois.

C’est à la racine qu’il faut agir, c’est la culture sexiste qu’il faut combattre collectivement à tous les niveaux, dans l’éducation de nos enfants, dans les médias, au travail, entre amis ou dans son couple.

Des campagnes de sensibilisation sur le sexisme aussi importantes que celles contre le tabac, l’alcool ou la sécurité routière doivent être financées et mise en place.

À l’école, des temps spécifiques doivent être réservés pour faire de l’éducation sexuelle. Pas seulement pour dire à nos enfants qu’il faut se protéger des maladies sexuellement transmissibles, mais aussi pour expliquer ce que sont le consentement, le harcèlement, une agression sexuelle, un viol et, pour parler plus largement des inégalités, de l’industrie pornographique ou de la prostitution.

Cette éducation doit être également répétée une fois adulte au travail avec des formations spécifiques sur le sujet pour les hommes comme pour les femmes afin que chacun prenne conscience des problèmes afin de les résoudre collectivement. En la matière, les confédérations syndicales ont un immense travail à réaliser même si la nouvelle loi Travail ne va pas les y aider. Certaines ont déjà engagé un travail significatif et les efforts sont à poursuivre et à multiplier, tant à l’intérieur des structures pour combattre les comportements sexistes qu’à l’extérieur pour qu’elles puissent se saisir sérieusement de la question du harcèlement sexuel dans les entreprises.

Enfin, en premier lieu, ce sont dans les milieux militants et entre amis ou en famille qu’il est particulièrement important de condamner fermement et systématiquement les comportements sexistes. Il faut que ce soient concrètement des espaces privilégiés où les femmes peuvent se sentir en confiance et s’affirmer véritablement. Les hommes ne le feront pas à leur place, mais en cela ils peuvent les aider. Ainsi, en dehors de ces espaces, elles seront plus à même de se sortir du schéma actuel de la société.

Claire
Groupe anarchiste Salvador-Seguí

le 26 octobre au Labo (Valence) : « Makhno, le paysan d’Ukraine »

Jeudi 26/10 à 19h30 au laboratoire anarchiste

8 place St jean- Valence (Drôme)

 

À l’heure où des autoritaires de tout bord organisent conférences, débats et commémorations pour célébrer le centième anniversaire du coup d’État bolchévik de 1917, tentant de redorer le blason de dictateurs, ennemis sanguinaires de l’auto-organisation révolutionnaire et de la liberté, et de ressusciter la conception autoritaire de la révolution sociale, totalement et définitivement désavouée par la longue histoire d’atrocités et d’en­terrements de véritables révolutions commis par ses adeptes et commissaires, nous aussi proposons de jeter un regard en arrière.

Mais un regard totalement autre, qui tentera de scruter le panorama des événements de 1917 et les années qui ont suivis pour découvrir les aspi­rations révolutionnaires des paysans et des ouvriers, le bouleversement total pour lesquels elles et ils ont com­battu, les terrorismes bolchévik et blanc auxquels ils se sont heurtés.

De nombreuses révoltes et insurrections, dans les villes, les forêts, les bases militaires, les usines et les campagnes, se sont opposées dans ces années révolutionnaires à la constitution de l’État bolchévik, l’étrangleur de toute tentative de se débarrasser défini­tivement de toute oppression et de toute exploitation.

Pour essayer de détricoter nous proposons un film nous projetons : Makhno, le paysan d’Ukraine un film documentaire d’Héléne Chatelain, est une légende, une légende controversée par les historiens officiels, par les autorités soviétiques qui en ont fait une perversion, et parfois même par les libertaires.

Pour mémoire, de 1917 à 1921, des anarchistes-communistes et des anarcho- syndicalistes organisent une résistance révolutionnaire principalement paysanne contre les troupes pro-tsaristes et contre les bolcheviks en Ukraine. Attaqué par les armés des blancs (soutenus par l’État Français et l’État Anglais), trahi-e-s,et traqué-e-s par les rouges, ils et elles se battront avec courage et inventivité avant de connaître et la répression ou l’exil, et la calomnie.

La projection évoquera également le combat de l’anarchiste Maria Nikiforova et de ses ami-e-s. « Au moment précis du vote et de l’adoption de ces me­sures contre le peuple, les partisans-insurgés révolution­naires on fait sauter le bâtiment du comité moscovite du parti des communistes-bolchéviks. Les débris de ce bâti­ment sont l’abri adéquat pour les représentants du plus que sanglant parti réactionnaire des bolchéviks et des commissaires.

Telle est la vengeance des partisans-insurgés révolu­tionnaires à l’encontre des « tchékistes » et des « com­missaires », pour les dizaines de milliers de paysans, travailleurs et membres de l’intelligentsia laborieuse fu­sillés,pour les makhnovistes d’Ukraine,pour les exécutions et les arrestations d’anarchistes, pour la dissolution de leurs groupes et fédérations dans toutes les villes et villages, pour la fermeture de tous leurs jour­naux et revues. »

Des textes conseillés:
- Voline, la révolution inconnue.
- Mila Cotlenko, Maria Nikiforova, la révolution sans attendre. Anonyme
- Vive la révolution, à bas la démocratie ! Anarchistes de Russie dans l’insurrection de 1905.

présentation soirée