Ici et là-bas. Le même combat, la même répression. Mai 2014

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Au début du 19e siècle, nait Benito Juárez dans la ville mexicaine d’Oaxaca. En 1958 – chef du parti libéral, fédéraliste et anticlérical, majoritairement soutenu par les petits propriétaires ainsi que par la bourgeoisie – il devient Président de la République,il promulgue  les lois dites de la réforme (leyes de Reforma), lois qui constituent encore la base de l’État mexicain moderne : confiscation des biens du clergé et vente de terre de l’Église et séparation de l’Église et de l’État et, et, et… fin de la reconnaissance des biens collectifs appartenant aux villageois, pour la plupart indigènes. Ces terres sont alors achetées par des spéculateurs pour la plupart issus du gouvernement de Juárez et les propriétaires terriens en profitent pour constituer ou agrandir leurs domaines.

En juillet 1861, Juárez décide de suspendre pour deux ans le paiement de la dette extérieure. Celle-ci se monte à environ 82 millions de pesos dont 3 millions à la France.

En France, à l’époque, règne Napoléon III : Son oncle Napoléon Bonaparte avait profité de la Révolution de1789 et de la 1ère république pour accéder au pouvoir suprême et au grade d’empereur. Lui même, Louis-Napoléon Bonaparte, en avait fait de même en profitant de la révolution de 1848 et du suffrage universel (masculin) pour finir lui aussi empereur… De l’importance du suffrage universel pour la « démocratie »…

Napoléon III voulant récupérer la mise au Mexique, une expédition militaire est montée, un corps expéditionnaire envoyé. Durant cette expédition « punitive », la ville de Oaxaca fut prise.

Rassurez-vous, Napoléon III n’avait nullement l’intention de rendre les terres aux villageois pour qu’ils les collectivisent. Outre le remboursement de la dette dérisoire face aux dépenses engagées pour l’expédition, le but secret le l’empereur était la mise en place, aux portes des USA protestants, d’un empire catholique allié à la France.

Revenons en France, Napoléon III déclare la guerre à la Prusse en juillet 1870, est défait deux mois plus tard à Sedan, part en exil en Angleterre. La place encore chaude du pouvoir est vite occupée par un gouvernement de bourgeois prêts à capituler et à faire accepter la défaite aux Français. Avec l’aide des Prussiens vainqueurs, plus facile d’enrayer la menace du socialisme parisien qui a encore dans ses gênes la révolution de 1789 ou l’insurrection populaire de juin 1848. Ce gouvernement de pseudo défense nationale décide « officiellement » de poursuivre la guerre, Paris est assiégé, l’hiver 70/71 est l’occasion d’une terrible famine subie par la population parisienne. Pendant ce temps L’Empire Allemand est proclamé au Château de Versailles… La colère du populo parisien monte. Et c’est l’insurrection et la  Commune du printemps de mars 1871 à la semaine sanglante du 21 au 28 mai 1871.

"Le triomphe de l'ordre"  ou "Le mur des fédérés". Ernest Pichio 1877

« Le triomphe de l’ordre » ou « Le mur des fédérés ».
Ernest Pichio 1877

Retournons au Mexique… 1994, 1er janvier, l’entrée en vigueur de l’accord de libre-échange nord-américain  (ALENA) condamne les cultures vivrières des populations indigènes (essentiellement d’origine maya) du Chiapas. L’EZLN (Ejército Zapatista de Liberación Nacional : armée zapatiste de libération nationale) dont les revendications principales étaient « travail, terre, logement, alimentation, santé, éducation, indépendance, liberté, démocratie, justice et paix » (Première Déclaration de la forêt Lacandone) entre en guerre contre le pouvoir en place. Naturellement, l’armée fédérale réprime dans le sang et ce sont quelques centaines de morts en quelques jours : Du 1er  au 12 janvier, es combats, qui opposent les rebelles et l’armée, font 193 victimes de source officielle, plus de 400 selon les insurgés. Le 12 janvier, à la suite des protestations et des critiques formulées par la communauté internationale, le président Carlos Salinas de Gortari ordonne un cessez-le-feu.

« Vous vous trouvez en territoire rebelle zapatiste. Ici le peuple commande et le gouvernement obéit. Zone nord. Conseil de bon gouvernement. Le trafic d'armes, la production et la consommation de drogues, de boissons alcoolisées et les ventes illégales d'essences d'arbres sont strictement interdites. Non à la destruction de la Nature. » (Photo prise en 2005 sur l'autoroute 307, au Chiapas

« Vous vous trouvez en territoire rebelle zapatiste. Ici le peuple commande et le gouvernement obéit.
Zone nord. Conseil de bon gouvernement. Le trafic d’armes, la production et la consommation de drogues, de boissons alcoolisées et les ventes illégales d’essences d’arbres sont strictement interdites. Non à la destruction de la Nature. »
(Photo prise en 2005 sur l’autoroute 307, au Chiapas

Et depuis ce « cessez le feu », discrètement l’état fédéral essaie de mater la rébellion zapatiste avec l’appuie de groupes paramilitaires.

Retour en France, 2014, après un premier mai sous la pluie avec pour certains un détour par le murs des fédérés au Père Lachaise, on parle déjà de faire quelque chose pour commémorer la semaine sanglante de mai 1871.

Retour au Mexique, le 2 mai 2014, un groupe paramilitaire attaque Le Caracol de La Realidad, saccage, blesse une dizaine de zapatiste et assassine froidement Galenao, un enseignant zapatiste.Galeano assassiné le 2 mai 2014Tract Galeano 24 mai

une vidéo :

La marche  Zapatiste: Histoire de Mexique Un film documentaire de Juan Pablo Lozano A la rencontre des peuples indiens qui ont retrouvé dans la Parole, la force pour affirmer leur place dans l’Histoire du Mexique. En suivant la marche zapatiste vers la ville de Mexico le long de 3000km, c’est une multitude de visages, de craintes, de convictions et d’attentes que nous avons vu se cristalliser autour de cet événement historique. En lutte pour un statut de citoyen à part entière, pour la reconnaissance constitutionnelle de ses droits et de ses cultures, cette mosaïque de peuples nous enseigne que la vraie démocratie est d’abord une expérience qui passe par le dialogue. rammes Zapatistes : Histoire de Mexique Un film documentaire de Juan Pablo Lozano Sábado 24 de mayo de 2014 A la rencontre des peuples indiens qui ont retrouvé dans la Parole, la force pour affirmer leur place dans l’Histoire du Mexique. En suivant la marche zapatiste vers la ville de Mexico le long de 3000km, c’est une multitude de visages, de craintes, de convictions et d’attentes que nous avons vu se cristalliser autour de cet événement historique. En lutte pour un statut de citoyen à part entière, pour la reconnaissance constitutionnelle de ses droits et de ses cultures, cette mosaïque de peuples nous enseigne que la vraie démocratie est d’abord une expérience qui passe par le dialogue. Les discours de Marcos jalonnent le film et nous offrent une revendication universelle : le droit de vivre en accord avec sa propre identité et ses différences. L’essence de la révolte des zapatistes nous touche en ceci que leur colère est la nôtre. Elle s’adresse à l’accélération du libéralisme, à la pression économique sur notre vie quotidienne, au rétrécissement de l’espace de la pensée et de la subjectivité. La Parole retrouvée est le portrait d’un pays en train d’écrire son histoire.

 

 

 

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