11 novembre 2016, intervention à Joyeuse (Thème que dira-t-on de «Nous» ?)

Bonjour à toutes et tous et réciproquement

11 novembre, une fois de plus, nous sommes là à nous souvenir. A replonger au cœur de la première grande boucherie industrielle. Nous sommes là, un siècle plus tard, à citer un tel ou un tel, à analyser, peser, juger le comportement d’individus qui vivaient inconscients une situation sans commune conscience. Certains sont allés jusqu’au bout de l’horreur et de l’obéissance. D’autres ont cru pouvoir, non pas pu aller jusqu’au bout de l’inacceptable et ont fini face à un peloton. Et nous, nous sommes là, un siècle plus tard à demander justice. Simplement la justice pour ces pauvres bougres.

Les commémorations ne manquant pas, nous plongeons régulièrement dans un passé étranger pour la plus part d’entre nous. Nous jugeons le comportement d’individus englués dans la France de Vichy, broyés par la guerre d’Indochine, d’Algérie. Nous avons la réponse à toutes nos questions politiquement correctes. Nous, dans telle ou telle situation, nous aurions adopté tel ou tel comportement, agi de telle ou telle façon. Toujours aisé de juger ce qui ne nous concerne pas directement. Maintenant que nous connaissons l’issue de l’agression nazie, facile de nous projeter dans le camp de la résistance… Pour l’union sacrée en 14 ? Bien sûr que non. Collabo en 40 ? Sûrement pas. Utilisant la gégène dans les Aurès ? Même pas en rêve !

Nous oublions juste que nous jugeons le comportement d’individus naufragés  dans une époque différente, ayant subi un conditionnement différent pour un vécu différent…

Que penseront alors de nous les générations futures ?

Nous, englués dans ces années obscurcies par le recul de nos acquis sociaux, par le retour en force des religions.

Nous, avec ces guerres économico-coloniales où l’on estropie en notre nom? Nous, avec ces éruptions de rejet des réfugiés.

 Nous, avec la parade des idéologues xénophobes.

Nous à qui l’on offre le spectacle de quelques burkinis pour nous masquer la vision de tous ces réfugiés petits et grands gisant sur les plages de la forteresse Europe.

Nous qui n’acceptons les passeurs et l’accueil des clandestins que pendant le lointain temps de l’occupation. Nous qui sommes jugés si nous ouvrons nos portes.

Nous, blessés, meurtris, embastillés par un pouvoir qui a embrassé le Capitalisme sur la bouche. Ou alors nous, regardant sans broncher le spectacle de ces manifestations réprimées avec une violence extrême.

Nous, exploités, maltraités, achetés, licenciés, délocalisés pour la fortune des autres…

Nous, expulsés, expropriés, simples pions qu’on déplace…pour-votre-securite

Nous, pistés, fichés, surveillés, contrôlés, arrêtés, jugés embastillés pour la pseudo sécurité d’autres « nous » qui ne pensent pas comme « nous »

Nous, sondés, trompés, grugés par d’autres choisis pour décider pour nous.

Bien sûr que ce « nous » est polymorphe. Ce « nous » présent qui sera décrit dans un futur incertain.

Il revient à toutes celles et à tous ceux qui refusent ce présent imposé par l’acceptation ambiante de bousculer cet équilibre mortifère pour un autre futur.

Un autre futur où un nouveau Mark Twain dira de ce « nous » qui aura réagi : « Ils ne savaient pas que c’était impossible alors ils l’ont fait. »

Ni dieux, ni maîtres, ni patries ni moines ni patrimoines et vive la sociale si elle ne s’est pas embourgeoisée.