11 novembre 2013 Intervention à Joyeuse (thème : la réhabilitation)

Bonjour à toutes et tous et réciproquement
Le Groupe d’Aubenas de la Fédération Anarchiste a souhaité se joindre une fois encore à ce rassemblement pacifiste de Joyeuse.

11 novembre 1913, la France vivait une journée d’automne normale avec ses joies et ses peines. Un petit Maurice Grimaud voyait le jour à Annonay sans savoir qu’il deviendrait un jour le préfet de police de mai 68. De nombreux, de trop nombreux hommes pleins de vie vaquaient à leurs occupations sans savoir que, dans la grande boucherie qui allait vite jeter un linceul sur l’Europe, ils auraient face à eux la gueule béante des canons d’un peloton d’exécution.
Lucien Bersot, Ben Embarak Kamel, Nicolas Nicolaieff, Tigrane Timaskian… Quatre noms pris pour l’exemple sur la liste trop longue des fusillés pour l’exemple. Quatre noms exclus, tus, scellés au fond des mémoires. Quatre noms salis par l’injustice des bouchers. Quatre noms gravés dans l’oubli.

Face à ces quatre noms pris au hasard, quatre autres noms : Challe, Jouhaud, Salan, Zeller. Les Quatre généraux putschistes d’Alger. Jouhaud et Salan, fondateurs de l’OAS, condamnés à mort, ne seront pas fusillés pour l’exemple.
En novembre 1982, Le président François Mitterrand tient une de ses promesses de campagnes…
Mitterrand, lorsqu’il était ministre de la justice, valida 45 condamnations à mort par guillotine en Algérie dont celle d’Abdelkader Ferradj qui avait tenté de mettre le feu à une meule de foin ! Crime impardonnable, qu’on raccourcisse ce gueux !…45 exécutions de 45 pauvres bougres guillotinés pour l’exemple. Les poseurs de bombes du FLN, eux, ne seront arrêtés qu’après le départ du guillotineur.
En novembre 1982 donc, promesse de campagne pour une fois tenue : les généraux putschistes furent réhabilités ainsi que tous ceux qui avaient participé aux journées d’avril 1961.
Ces criminels qui avaient pris les armes face au gouvernement français ; ces criminels qui avaient incité à la faction, à l’OAS, aux attentats,

Les émules de Salan et Jouhaud sont passés par là... Mars 62, la librairie du Libertaire est plastiqué en plein Paris par l'OAS

Les émules de Salan et Jouhaud sont passés par là…
Mars 62, la librairie du Libertaire est plastiqué en plein Paris par l’OAS

aux assassinats ; ces glorieux officiers bardés de médailles, de décorations, de distinctions, de citations pour tout le sang versé par leurs hommes ; ces criminels qui avaient fait carrière dans les larmes des autres ; ces criminels méritaient bien une réhabilitation franche et complète 21 ans seulement après les faits. Réhabilitation sous forme de réintégration dans le cadre de réserve. Et pour les sous-fifres soit 800 officiers, 800 policiers et 400 administrateurs civils renvoyés de la fonction publique entre 1961 et 1963 ? « révision de carrière ». Il ne manquait que les majorettes.

Les fusillés pour l’exemple, eux, sont morts au petit matin avec pour seule décoration un morceau de tissu blanc épinglé à la place du cœur ; ces hommes qui avaient, pour la plus part, été arrachés à la vie civile afin d’aller verser leur sang aux ordres de glorieux officiers bardés de médailles, de décorations, de distinctions, de citations ; ces hommes simplement humains n’ont toujours pas été réhabilités 99 ans après les premières exécutions.

D’un côté, la réhabilitation des adeptes de la poursuite de la boucherie avec le sang des autres.
De l’autre, l’ostracisme toujours en cours à l’encontre d’humains promis à l’abattoir qui avaient juste refusé d’avancer aux ordres d’autres bouchers galonnés.
Le gouvernement de 1982, qui avait des traces de l’idéologie de Jean Jaurès dans ses racines, a flatté les bouchers.
Depuis la première grande boucherie, des gouvernements plus ou moins génétiquement Jaurésiens, auraient eu la possibilité de penser aux mutins. Ils ne l’ont toujours pas fait.

Un gouvernement préfèrera toujours les moutons aux mutins.
Alors il conviendra toujours aux individus de bousculer les gouvernements pour la mémoire des mutins.

Le monarque a parlé : il faut que les fusillés de la grande boucherie trouvent leur place au musée des va-t’en guerre. Que les victimes soient honorées avec les serials killers. Quel cynisme éhonté.
Deuxième provocation : not’bon maître souhaite que les dossiers des conseils de guerre soient disponibles pour tous. Ainsi, l’injustice crasse, l’injustice militaire va pouvoir dévoiler sa version des faits, son explication des condamnations, son pourquoi de l’innommable. Abject !

Nous n’avons rien à attendre des gouvernants quels qu’ils soient. A nous de réhabiliter ces mutins en condamnant sans appel leurs fusilleurs. Pas de réhabilitation globale possible sans condamnation massive et définitive des fauteurs de guerre.

Certains souhaiteraient que ces pauvres bougres apparaissent sur les monuments aux morts avec la citation « Mort pour la France ».

Certains sont y hostiles comme le Comité national d’entente des associations patriotiques et du monde combattant. Hostile à toute forme de réhabilitation pour ces 600 hommes qui «ont fléchi». «On peut le comprendre mais ne pas l’admettre. Ceux-là ne sont pas morts pour la France», assure son responsable, le général Delort.

Alors nous inscrirons MORTS PAR LA FRANCE.
Cette France des marchands de canons, cette France des patriotes, cette France va-t’en guerre, cette France éternelle dans ses monstruosités.

Pour la mémoire des mutins, à bas toutes les armées. Ni dieu, ni maître, ni aumôniers militaires, ni galonnés mortifères.